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 INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT

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Castello C. Dornes
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MessageSujet: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Mer 23 Jan - 15:56

18H30


Le Soleil se couchait sur la Capitale de l’Empire lorsque la silhouette sombre commença à se déplacer à pas rapides et silencieux, évitant les espaces éclairés et restant autant que possible dans les zones d’ombres qu’offrait les Quartiers Pauvres, alors que les lampadaires, dont la forme et la faible luminosité rappelait plus les vieilles lanternes Moyenâgeuses, s’allumaient progressivement. Les citoyens marchaient mollement dans les ruelles, sans prêter la moindre attention à ce qui les entourait, inconscients du fait que d’ici quelques heures, leur lieu de vie -ou plutôt de survie- deviendrait un véritable Enfer sur Terre. Se dessinant comme une masse obscure tranchant avec la couleur encore assez claire du firmament, embrumé par les fumées noires s’échappant des quelques foyers placés ici et là de part et d’autre du secteur défavorisé, l’immeuble était en vue. Scrutant les alentours et s’assurant de l’absence totale d’éléments potentiellement nuisibles au bon déroulement des prévisions stratégiques, l’individu emprunta discrètement les escaliers de secours qu’il grimpa avec l’agilité d’un félin. Arrivé sans bruit sur le toit complètement désert, il contempla les taudis qui s’étalaient sous ses yeux d’un bleu arctique. Il ne pouvait s’empêcher de ressentir une certaine peine pour toutes ces vies qui défilaient sous ses pieds, pour tous ces gens qui ne demandaient rien à personne et qui paieraient pour les actes d’autres individus.

Un son étouffé se fit entendre lorsque la silhouette déposa au sol son énorme sac de transport noir, en harmonie avec le reste de sa tenue. Il fallait faire en sorte que tous les éléments susceptibles d’engendrer une défaillance dans le plan soit neutralisés, et cela incluait les choses les plus minimes comme vérifier que la porte d’accès au toit était verrouillée et s’assurer qu’elle le reste pour la soirée à venir, de même qu’empêcher toute personne indésirable de se risquer à ces hauteurs en retirant la grande échelle de métal reliant la plateforme de secours du troisième étage au toit du bâtiment. Des instructions précises étaient inscrites sur un morceau de papier, et chacune d’elles était respectée à la lettre, l’une après l’autre, afin de garantir au maximum le succès de l’opération. Un stylo en main, il rayait progressivement à l’encre rouge bordeaux les séries de mots en italiques. Rien ne devait être oublié. Une discipline de fer était exigée, lorsqu’il s’agissait d’agir de manière à bouleverser l’ordre établi, si l’échec et la mort ne voulaient pas être envisagés. Or, il se trouvait que l’individu entretenait une relation toute particulière avec Dame Mort, et que cette dernière n’était pas tout à fait à son goût, bien qu’il se doutait évidemment qu’un jour viendrait où il finirait par partager la couche morne et froide de celle qui l’attendait depuis si longtemps et qu’il ne cessait de repousser. L’homme n’avait pas la prétention de gagner cette Guerre des Nerfs, mais espérait pouvoir reporter le moment fatidique autant que possible.

Les précautions ayant toutes été prises, il était temps d’installer le matériel. Ce ne serait pas long, habitué qu’il était à la logistique et à la préparation de l’équipement dont il disposait pour cette nuit qui s’annonçait déjà pleine de sang, alors même qu’à l’horizon, le Soleil éclairait encore dans un dernier éclat les taudis des Quartiers Pauvres d’Hegemony. Le regard avenant de la silhouette sombre se posa une dernière fois sur le morceau de ville délabré qui s’étendait sous ses pieds, avant que la teinte de ses iris ne s’assombrisse soudainement et que l’attention ne soit plus portée que sur les heures qui allaient suivre. Une fois le sac de transport ouvert, les armes et accessoires qu’il contenait furent rapidement récupérées et mises en état de marche. Cela voulait dire que pour la douzaine d’armes de poing dont il disposait, l’individu devait charger cartouche après cartouche les magasins, au nombre de deux par modèle de pistolet. Cela voulait également dire remonter, une pièce après l’autre, le fusil de précision CheyTac M200 Intervention, visser le réducteur de son, préparer la demi-douzaine de chargeurs disponibles en les remplissant de munitions subsoniques, calibrer la lunette de visée et régler le bipied pour un bon confort de tir et une précision optimale. Il en venait presque à se demander pour quelle raison les pistolets mitrailleurs et les fusils d’assaut avaient été laissés telle quelle, simplement dépouillés de leurs recharges respectives placées dans un compartiment isolé du sac. Autant il adorait ses compagnons d’armes, autant il lui arrivait de haïr leur logique. Il leur était cependant reconnaissant pour le matériel qu’ils lui avaient laissé.


21H00


Sur le toit de l’immeuble, le nomade restait assis, attendant patiemment que les habitants des ruelles qui l’entouraient retournent se réfugier dans leur chaumière, observant de son regard sans émotion le déplacement régulier des aiguilles le long du cadran de sa montre à gousset en argent massif. L’écoulement interminable des secondes et des minutes, les aboiements sporadiques d’un chien sans maître, une poubelle renversée, les chuchotements nerveux de deux sans-abris, un peu plus loin, rien ne semblait l’atteindre, rien ne semblait pouvoir ébranler son calme intérieur. Car si l’infiltration et le combat était la spécialité de ses amis Assassins, lui s’en remettait aux masques qu’il portait et changeait en permanence. Tantôt garçon innocent, tantôt monstre sanguinaire, tantôt philosophe engagé, il était à la fois tout cela et rien du tout, se contentant d’agir selon les situations. Au fil du temps, habitué à survivre en adoptant tel ou tel comportement, il en avait presque oublié qui il était. Seuls les souvenirs de son géniteur et mentor le gardaient sur la voie de la Philanthropie et de l’Humanisme, bien qu’il lui arrivât de se demander si ces concepts pouvaient avoir une quelconque emprise positive sur le monde dans lequel il évoluait aujourd’hui. L’heure n’était cependant pas aux interrogations existentielles, mais bien à la réflexion au sujet d’éléments beaucoup plus concrets et aux incidences beaucoup plus tangibles.

Les minutes passaient sans que rien ne se produise, si ce n’était l’enchaînement de mouvements et de mimiques routinières de la part de ceux qui se risquaient encore à s’éterniser à l’extérieur de leur logis. Le voyageur fermait doucement les paupières, se préparant psychologiquement à être sans faille, à ne pas commettre la moindre erreur. Ce soir, ce serait différent de toutes les altercations qu’il avait pu avoir avec la Milice, car l’attaque que cette dernière allait porter se ferait à une échelle gigantesque. Terminés, les Raids aléatoires et les opérations ciblées : il n’y aurait ni distinction, ni limite, ni échappatoire pour les innocents pris dans cette guerre qu’ils n’avaient pas demandée. Cette fois encore, il serait aux premières lignes, en quelques sortes, et il serait seul. Ses amis ne participeraient pas, par respect pour le principe qui régissait leur vie toute entière : l’Équilibre en toute chose. Ils savaient que prendre parti pour un camp ou l’autre ferait irrémédiablement pencher la balance, et ils ne pouvaient permettre un tel affront, même si cela signifiait voir des centaines de gens mourir par leur inaction. Ils avaient au moins eu l’obligeance de leur laisser, à lui et aux Scherr, un sac de matériel. Un pour lui, pour qu’il puisse affronter ce qui l’attendait, et un pour les Scherr afin qu’ils puissent se défendre en cas de problèmes liés à la Milice qui ne pourraient pas être réglés de façon pacifique. Perdre un membre tel que le styliste serait une véritable catastrophe pour La Cible, et c’était une alternative que l’Équilibre n’accepterait pas.

L’heure approchait de plus en plus. Son cœur battait fort dans sa poitrine, et ses muscles le tiraillaient. Au-delà de la nervosité qu’il ressentait, ses blessures n’étaient pas totalement guéries. Cela ne faisait que trois jours, depuis son altercation meurtrière contre deux escouades de la Milice et, bien qu’il ait été en mesure de se lever et de se déplacer sans encombre, il était bien conscient qu’un geste de trop risquait de rouvrir ses plaies et de le condamner. Il faudrait qu’il économise ses efforts au maximum, s’il voulait être d’une quelconque utilité. Sous ses vêtements chics, son torse était toujours cerclé de bandages et de compresses de gaze stérile, et même si le sang ne coulait plus grâce au coagulant qu’on lui avait injecté pendant sa phase de réveil, les tissus n’étaient pas entièrement cicatrisés et continuaient de le lancer par moments. Il n’avait pas encore sa place sur le terrain, mais si ce n’était pas lui, il se demandait qui pourrait bien le faire. La responsabilité lui incombait, non pas parce qu’il était un Humaniste et un Philanthrope, mais parce qu’il refusait de voir d’autres gens vivre ce qu’il avait vécu alors qu’il n’avait même pas douze ans, il refusait de voir des enfants arrachés aux bras froids et sans vie de leurs parents. Et si pour cela il fallait briser en morceaux les crânes de quelques Uniformes Rouges, autant… Mêler l’Utile à l’Agréable.


23H20


Au loin, les moteurs des véhicules blindés de la Milice produisaient un son puissant, le seul son audible dans le silence de la nuit qui commençait. Depuis le toit de son immeuble, placé sur la rue principale de la zone, le nomade disposait d’une vue dégagée sur le chemin qu’empruntaient les troupes Impériales. L’œil rivé sur sa lunette à fort grossissement, il les voyait approcher à toute vitesse, son index droit tapotant nerveusement le pontet de détente de son fusil de précision. Tirer ne rimerait à rien : les cartouches subsoniques présentes dans son chargeur divisaient énormément le pouvoir de pénétration de ces projectiles qui auraient en temps normal pu traverser la carcasse d’au moins deux des transports avant d’être stoppée. Ces munitions particulières réduisaient la distance effective de l’arme à une confrontation moyenne-longue portée, empêchant tout tir dépassant quelques centaines de mètres de faire précisément mouche, alors même que ce modèle de fusil était célèbre pour sa distance effective de plus de deux kilomètres. L’avantage, cependant, résidait dans la multiplication de l’intensité du réducteur sonore placé en bout de canon, rendant le tir pratiquement silencieux. De toute façon, il n’aurait pas besoin de tirer loin, l’ennemi se trouvant à quelques mètres à peine, se déplaçant en factions sous ses pieds. D’ici quelques minutes, l’Enfer se déchaînerait sur les Quartiers Pauvres d’Hegemony.

Les voitures venaient à peine de s’arrêter que déjà, les Uniformes Rouges sautaient à terre et faisaient ce qui leur avait été ordonné, défonçant les portes, arrêtant ou exécutant tous ceux qui leurs semblaient suspects ou qui leurs résistaient. En spectateur, le voyageur restait assis, observant d’un regard tout à fait neutre la scène qui se déroulait devant ses yeux. Il ne pouvait pas se permettre d’agir de manière irréfléchie, sinon quoi il ne ferait que gaspiller sa vie. Il devait se focaliser et attendre le moment opportun, le moment où chaque petit groupe de Miliciens s’occuperait d’une zone bien précise des Quartiers Pauvres. Lorsque de la masse intouchable, il ne resterait plus que de minuscules fractions éparses, il frapperait, faisant preuve d’une précision létale et d’une efficacité à toute épreuve. Depuis le décès de son géniteur, il avait vécu sa vie en suivant des principes de paix, sans jamais chercher à se battre si cela n’était pas nécessaire. Mais cela n’empêchait qu’il avait reçu une éducation de guerrier, qu’il avait été entraîné au combat, et qu’il possédait un sens aigu lorsqu’il s’agissait de confrontations physiques. Certains deviennent fort au fil de leurs expériences, ils deviennent meilleurs combattants, mais ne sont malgré tout pas faits pour le combat. D’autres, au contraire, possèdent cette disposition naturelle qu’il leur suffit d’exploiter et de nourrir pour devenir de véritables monstres. Castello C. Dornes était de ceux-là. Pacifiste, Humaniste et Philanthrope, il ne faisait aucun doute qu’au fond, il était fait pour la guerre. Autant ses compagnons disposaient d’un bagage génétique remontant à des siècles et des siècles, les armant dès leur naissance pour faire face aux déséquilibres du Monde, autant lui était de la même trempe pour des raisons mystérieuses. En tout cas, son potentiel ne devait pas être gâché dans une action désespérée.

Cassandra Jones, la cheffe de la Milice, était présente sur le terrain. Une seule balle bien placée et cela risquait de porter un coup pratiquement fatal à l’une des pierres de voûte de tout l’Empire Livingstone. Mais l’objectif n’était pas de se débarrasser d’elle, pas pour lui en tout cas. Sécuriser les civils relevait de la première importance, et mettre fin à cette vie risquait fort de créer un déséquilibre que ne lui pardonneraient pas les Stewart, qui chercheraient peut-être à lui faire payer malgré l’amour et la considération qu’ils se portaient mutuellement. Et pourtant, il la fixait dans sa lunette, tapotant toujours nerveusement -bien que plus rapidement- le pontet de détente de son arme. Une respiration lente pour éviter toute trace de tremblement. Tout doucement, son index vint se placer sur la queue de détente. Puis il se ravisa, retirant son doigt de la pièce de métal et relevant la tête. Ses instructions étaient claires. Si Cassandra Jones devait mourir pour rétablir l’Équilibre, ils auraient été là, prêts à frapper. Peut-être même serait-elle morte au moment-même où la semelle de sa botte s’était posée sur les pavés au sol. Il fallait reprendre l’observation et réfléchir au meilleur moyen d’éliminer le plus grand nombre de cibles, tout en sauvegardant le plus de vies innocentes possible. Les hommes et femmes armés commençaient à se séparer, à emprunter des rues différentes, continuant de défoncer les portes sur leur passage et d’arrêter quiconque faisait ne serait-ce que mine de leur résister. Hommes, femmes, enfants, il n’y avait aucune distinction de faite. Quiconque pouvait être torturé et être susceptible de révéler des informations sur La Cible était arrêté et emmené au Commissariat Central. Des existences seraient détruites, des vies seraient jetées aux ordures, des dignités seraient anéanties. Mais ils en paieraient le prix.

Après de longues minutes à patienter, observant chaque ruelle et chaque déplacement qu’il pouvait apercevoir depuis sa position en hauteur, il décida de passer à l’acte. Les paramètres étaient idéals. A environ deux cents mètres de son poste de tir, sur la longue ruelle croisant l’avenue principale menant les Quartiers Pauvres au Centre Ville, une patrouille couverte de sang prenait une petite pause, s’assurant qu’aucun de leurs supérieurs n’était présent dans les parages. Le chef d’équipe était Caporal, si l’on se fiait à ses galons dorés brodés sur ses épaulettes. Ils allumaient un à un leur cigarette, ce qui donnait au tireur une information sur la vitesse et le sens du vent, qui serait à prendre en compte au vu de la puissance réduite de ses munitions et de la distance de tir. Avant de presser la détente, il sortit de sa poche un petit carnet à reliure de cuir marron, contenant quelques informations importantes que l’aîné de la fratrie d’Assassins avant jugé bon de lui laisser, et qui fournissait entre autres des calculs en situation réelle pour optimiser un tir à longue distance. Apparemment, les immeubles de chaque côté fourniraient un coupe-vent efficace, il n’aurait donc pas à se soucier des déviations éventuelles de trajectoire. Maintenant, la gravité devait être étudiée. Ils étaient quatre, mais il lui serait impossible de tirer une balle pour chaque. Leur disposition permettait d’en neutraliser deux en un tir, mais n’assurait pas à 100% la réussite d’une telle manœuvre. Il fallait qu’il tente sa chance. Il prit une grande inspiration et abaissa ses paupières sur ses yeux d’une teinte bleue nuit. Lorsqu’il les rouvrit, ils étaient devenus turquoise. Il retint sa respiration et le temps sembla s’étirer tandis qu’il pressait la détente. Sans quitter les Miliciens des yeux, il actionna son levier d’armement, remettant une cartouche dans sa chambre de tir. Il pressa de nouveau la détente alors qu’il voyait la tête du premier Uniforme Rouge disparaitre dans une brume sanguinolente, suivi de la chute de son camarade dont les poumons et le cœur furent traversés de part en part. Il remit une munition dans la chambre immédiatement après son second tir, prêt à faire feu si les deux restants n’étaient pas neutralisés. L’effet de surprise avait été immédiat, mais l’intervalle entre les deux balles tirées avait été trop faible pour refaire un calcul correct. Le Caporal fut touché dans la poitrine qui fut dès lors affublée d’un impact de la taille d’un melon, tandis que le dernier patrouilleur tombait au sol à la suite de l’éclatement de sa rotule par la cartouche légèrement déviée par les côtes de son supérieur. Un troisième coup partit avant que ne lui vienne l’idée de crier de douleur, et sa tête ne fut plus qu’une bouillie sur le sol d’Hegemony. Minuit était sur le point de sonner alors que le voyageur déterminé versait son premier sang de la nuit.

Il reprit son souffle, tentant de calmer progressivement les battements de son cœur qui accéléraient à lui en faire exploser la poitrine. Une assistance ne lui aurait pas déplu, sur un tel tir, il devait bien l’avouer. Cependant, l’heure n’était pas au repos, et il lui fallait déguerpir au plus vite, afin de respecter l’une des règles d’or du tir embusqué : ne jamais rester sur sa position après un tir. En analysant la trajectoire des impacts, il serait aisé de déterminer où il se trouvait, et il était préférable qu’il n’y soit plus lorsque viendraient leurs collègues en Uniforme Rouge. Il attacha une bandoulière au fusil qu’il passa rapidement dans son dos et se préparait à prendre son sac pour vider les lieux lorsqu’il sentit tout à coup qu’on l’observait. Rapidement, il leva la tête et vit, debout sur un toit voisin, une femme à la chevelure rousse. Dans son regard se lisait la détermination, de même que la haine. Dans un même mouvement, ils dégainèrent leur arme de poing, lui un Beretta 92, elle un Sig Sauer P220, et se tinrent mutuellement en joue, dans le plus grand silence.
[Voici donc mon message d'introduction à la Rafle.

J'en profite pour vous souhaiter à toutes et à tous une très bonne année 2013, et pour vous dire que je vous aime toutes très fort !

Je vous embrasse, mes Chères ! <3]

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Siobhán Mac Mahon
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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Lun 1 Avr - 4:09

Ils l'avaient su, que la rafle devait commencer. Comme les autres, elle avait été prévenue. Il lui avait été demandé de se tenir prête, comme les autres, parce qu'à n'importe quel moment, on pourrait avoir besoin d'elle. Siobhán était passée par le Labo, pour récupérer quelques fioles de nitroglycérine. Elle ne s'attarda pas longtemps. A part les explosifs, rien ici ne pourrait lui être utile. Elle n'avait pas le temps pour des bombes à grande envergure. Il faudrait qu'elle passe chez... Emily. Son autre personnalité. Emily Stone, qui louait dans les Quartiers Pauvres, et accessoirement, y cachait pas mal d'armes. Cela faisait quelques jours qu'elle n'y avait pas foutu les pieds. De toute façons, rien n'aurait bougé. Depuis qu'elle était entrée dans la Cible, Red gardait des vêtements dans un sac de sport qu'elle trimballait toujours ou qu'elle aille... En l'occurence, il l'attendait au QG, ou elle dormait en ce moment. Il fallait qu'elle récupère ses armes et ses munitions pour la rafle. C'était le genre de truc qui pouvait toujours être utile pour dépanner l'un ou l'autre de ses compagnons de galère. Même si les armes de la Milice étaient merdique, ça pouvait peut-être servir quand même. C'était mieux que rien. La nuit était tombée. Vêtue de noir de la tête au pied, l'Ecossaise passait par les toits pour rejoindre le velux qui lui permettrait de se glisser chez elle sans passer par la porte. C'était ce qui faisait dire aux voisins que "Miss Stone, oh, bah elle bouge pas beaucoup, hein. On l'entends jamais ou presque.". Elle avait bricolé l'ouverture pour pouvoir verrouiller de l'extérieur. C'était une expédition de routine. Tout allait trop bien se passer...

C'était sans compter le début de la Rafle. Ce ne fut pas par son portable crypté qu'elle l'apprit, mais en jetant un coup d'oeil en contrebas. Elle était accroupie sur le toit en pente du vieil immeuble ou elle logeait, et s'apprêtait à entrer dans son appartement, lorsqu'un convoi de 4x4 miliciens s'arrêta devant l'entrée dans un concert de crissements de pneus. Elle les avait vus descendre, arme au poing, et débarquer dans l'entrée. Elle jeta un oeil sur le Velux, se demandant combien de temps il lui restait. Trop dangereux. Dans la précipitation, elle pourrait faire tomber quelque chose, ou bien laisser des traces dans la poussière qui n'avait pas été faite depuis un moment. Et alors, qui sait si les miliciens ne comprendrait pas que l'occupante de l'appartement s'était récemment fait la malle et la cherchaient? Elle n'avait pas le temps de jouer à cache cache avec la Milice toute la nuit. Avec une pointe de regrets, elle laissa tomber. La rouquine s'apprêtait à quitter le toit lorsque la porte voisine de celle de sa planque s'ouvrit avec fracas. Merde, il y en avait qui avaient commencé par les derniers étages. Son voisin de gauche était un pauvre type à la retraite, collabo sur les bords, il craignait rien à priori... Sauf si ces miliciens étaient animés par la soif de sang. Elle entendit les bruits de fouille, mais quelque chose la retenait, l'empêchait de partir. Elle voulait voir le visage de celui qui rentrerait dans sa planque. Elle voulait voir sa tête, si jamais il découvrait les armes de ses frères d'armes morts de la main de la mercenaire.

Elle fut surprise. Ce n'était pas un homme, mais une femme qui poussa la porte. Grande, fine, ses cheveux noirs attachés en queue de cheval pendant dans son dos. Red était tant attachée à la protection des femmes qu'elle en oubliait parfois que certaines bossaient dans la milice... Qui était d'ailleurs dirigée par une gonzesse. Celle-ci, la jeune femme l'avait déjà... vue. Le Sergent Selena Visconti, de la famille Visconti, les tueurs de la mafia. Elle s'était renseignée... C'était la patrouille menée par cette nana qui avait exécuté Nero l'année passée. Elle avait juré de le venger, et pour l'instant, n'en avait tué que deux. Le troisième avait été promu derrière un bureau, et devenait donc beaucoup plus difficile d'accès... Et la dernière, la chef, c'était elle, Visconti. Cette nana était une chasseuse. Qui tuait et torturait pour le plaisir. Siobhán retardait l'affrontement. Pas par peur, mais pour être sûre de ne rien avoir oublié, d'être fin prête pour son exécution. Il ne fallait pas la prendre à la légère. Elle aimait la chasse et était douée pour trouver les rebelles. Elle avait un bon taux d'arrestations à son actif, et si elle était venue directement au dernier étage, ce n'était pas pour rien. Elle était intelligente... La milicienne jeta un oeil alentours, ouvrit les placards, toucha le lit, observa méticuleusement autour d'elle. Elle finit par trouver la planque sous le parquet, et la mercenaire eut le plaisir de voir la rage envahir son visage. Elle ne jeta même pas un oeil au velux. Red était invisible de toute façon. L'ampoule du plafonnier jetait sa lumière idéalement sur la vitre. Elle finit par sortir, furieuse. Red, se releva sans bruit, et sauta sur le toit suivant. Ce fut à ce moment qu'elle entendit le coup de feu. Une autre victime de plus au palmarès de Visconti.

Ombre parmi les ombres, la jeune femme s'éloigna de son immeuble de quelques toits. Postée sur un toit plat, elle surveillait les voitures pour voir le départ de la horde sanguinaire vers un autre immeuble. Serrant les dents, elle s'empêcha d'y retourner et de faire feu sur tout ce qui portait du rouge. Ce serait stupide. Elle en aurait cinq, six, une dizaine si elle avait de la chance. Mais après? Sans munitions, elle n'irait pas bien loin. Et elle se savait suffisamment importante pour ne pas risquer sa peau inutilement... a savoir tant que l'Impératrice ne serait pas dans le coin. Elle compta les munitions qui lui restaient : douze dans le chargeur, et deux autres chargeurs pleins dans les logements de la bande de cuir qu'elle portait en bandoulière. Elle regarda l'heure. Presque minuit. Soudain, un coup de feu attira son attention. Il ne venait pas du côté des miliciens, n'était pas assourdi par les quelques quinzes mètres qui la séparait du sol. Elle se dirigea avec prudence vers l'origine du tir, pour découvrir, sur un autre toit, un mec de dos avec fusil de précision, en train de shooter des personnes en contrebas. Vu sa dégaine, il devait pas être avec les miliciens, mais sait-on jamais... Elle l'observa un moment, jusqu'à ce qu'il ait fini son boulot et se décide à foutre le camp, en sniper intelligent. L'arme au poing, elle se tenait prête, hésitant à faire feu tout de même. Il se tourna brusquement vers elle. Bon instinct, le type, elle était resté parfaitement immobile.

Un demi-sourire passa fugacement sur le visage de la rouquine. Elle connaissait ce type, de visage en tous cas. La dernière (et seule) fois qu'elle l'avait vu, il était couché sur une table chez Amaury Scherr, couvert de bandage. Oh bien sûr, il n'avait pas eu connaissance de sa présence. Personne ne l'avait eue. Elle était postée sur un immeuble 150 mètres plus loin, prête à faire feu si lui ou un autre des inconnus qui squattaient l'appartement du designer montrait un signe d'hostilité. Simple précaution. Cela avait été inutile, et elle était repartie. C'était bien de voir qu'il avait récupéré aussi vite. Mais ça signifiait qu'on ne savait toujours pas dans quel camp il était.

En même temps que lui, elle le mis en joue, analysant rapidement la situation. Une légère brise soufflait, il faudrait faire avec en cas d'échange de tir. Il avait un Sig Sauer P220, soit un chargeur de 9 coups si elle se souvenait correctement. En cas de conflit, elle aurait trois balles de plus que lui... Mais vu le maintien et la précédente action du tireur, il y avait fort à parier que la première balle soit la bonne... Et en ce cas, il n'y avait que trois scénarios possibles. Soit elle le tuait, soit il la tuait, soit ils étaient touchés tous les deux et mourraient ensemble. Deux chances sur trois d'y laisser sa peau. C'était prendre une fois encore beaucoup de risques. Après quelques secondes passées en silence, elle baissa son arme, prête à tirer en cas de mouvement trop brusque. Le toit ou il se trouvait était un peu en contrebas du sien. Elle rangea son arme, prit son élan et sauta, atterissant quelques mètres à sa gauche dans un roulé boulé. C'était un risque sans en être un. S'il avait été avec la milice, nul doute qu'il aurait tiré sans préavis dès qu'il aurait senti sa présence. La situation était trop urgente pour que l'un ou l'autre des camps prennent des gants, et se permette d'espionner, de ruser, avant de tirer. Son arme toujours dans son holster, Siobhán leva les mains en l'air pour montrer qu'elle n'était pas armée, et s'approcha, prête à esquiver tout tir d'une roulade.


-Joli joujou. Fit-elle en désignant du menton le fusil qui dépassait du dos de l'homme. Et joli tir.

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Castello C. Dornes
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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Ven 5 Avr - 15:17

[Petite précision en avant-propos : c’est Red qui possède un Sig Sauer P220 (celui de son père), et Castello qui est armé d’un Beretta 92.]

Pas un seul mot ne fut échangé alors que les deux tireurs se jaugeaient mutuellement, alignant stratégiquement leur vis-à-vis avec les organes de visée de leur arme respective. La vitesse de réaction de la jeune femme, de même que sa posture fermement ancrée dans le sol, ne laissait aucun doute sur son expérience du combat et le fait qu’elle ne devait en aucun cas être prise à la légère. Le voyageur s’en était rendu compte immédiatement, et cela tombait bien car ils semblaient être de la même trempe à ce niveau-là. La seule différence résidait peut-être dans le fait que son chargeur à lui contenait sept munitions de plus que celui de son adversaire potentielle, et que la position de ses bras plaçait astucieusement sa prothèse biomécanique sur la trajectoire reliant la bouche du pistolet de la femme en noir à son propre cœur. Dans l’absolu, il avait plus de chances de sortir vivant d’un éventuel affrontement que son homologue, d’autant plus que même en convalescence, l’Autre risquait de mal prendre le fait de voir son hôte de nouveau abîmé après si peu de temps. Mais l’heure n’était pas aux risques inutiles, et les deux combattants se rendaient bien compte que chaque seconde qui passait risquait de rameuter des Miliciens sur leur position. Pariant très certainement sur l’aspect raisonnable de celui qui lui faisait face, la rousse baissa son arme et rejoignit le nomade qui, de son côté, continuait de braquer le canon de son semi-automatique en direction de la mercenaire, ne voyant aucune raison de lui accorder un soupçon de confiance, au vu de la situation dans laquelle ils se trouvaient tous deux.

Dans un souci de sécurité, il gardait son index contre le pontet de détente. Cependant, lorsque la jeune femme fit mine de s’approcher, il lui fit comprendre d’un regard et d’un très léger mouvement du bout de son arme qu’il était préférable qu’elle reste à une certaine distance. Il ne répondit pas à son interlocutrice, ne trouvant de toute façon rien de pertinent à rétorquer, mais ne la lâchait pas des yeux, prêt à presser la détente de son arme au moindre geste suspect. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle n’était pas la seule à savoir certaines choses à propos de son homologue : tout comme son visage inexpressif et quelque peu maladif de nomade n’était pas inconnu à la Rebelle, la figure pâle encadrée d’une cascade de cheveux roux ne laissait pas le Philanthrope dans un état d’interrogation ou de stupéfaction. Il fallait croire que les différentes forces en jeu aimaient à s’espionner mutuellement, de façon quelque peu malicieuse. Mais les Stewart avaient raison sur un point très important : la Cible ne possédait pas assez de moyens pour être aussi efficace qu’elle voudrait l’être, et c’était là son Talon d’Achille. Des hommes spécialisés dans différents domaines, ils en avaient. De l’ambition et de l’ingéniosité, ils en avaient. Des moyens assez consistants pour assurer la réussite totale de tous leurs plans d’actions, c’était là un luxe qu’ils ne possédaient malheureusement pas. En d’autres termes, ils avaient des moyens corrects d’obtenir des informations, mais là n’était pas le domaine dans lequel ils excellaient. Au bout d’un moment, le jeune homme finit par baisser son arme et la ranger dans son étui, observant toujours fixement celle qui lui faisait face. Il daigna prendre la parole après une longue minute de silence, s’accaparant un accent Écossais semblable à celui de la combattante de l’ombre, alors même qu’il usait généralement d’un accent Britannique des plus sophistiqués.


« Le toit du siège de la Banque Impériale. Distance de 167 mètres en prenant en compte le dénivelé. Vent travers gauche d’une vitesse de 13 kilomètres par heure. Remington Bravo 51 équipé d’un réducteur de son et chargé avec munitions subsoniques. Il s’agit-là des paramètres de votre tir, n’est-ce pas ?

Sachez que je n’apprécie qu’assez peu le fait d’être observé durant mon sommeil, en particulier par une personne qui m’est inconnue. Mais je suppose que la sécurité de vos compagnons doit parfois s’accompagner de quelques sacrifices, dont celui de la décence et de la politesse, aussi ne vous en tiendrai-je pas rigueur.

Ceci étant dit, je suis enchanté de vous rencontrer en face à face, Mademoiselle Ludwig. Permettez-moi de me présenter : Castello C. Dornes, simple voyageur.
»

Un visage complètement fermé et inexpressif avait accompagné ses paroles prononcées sur un ton parfaitement neutre. Et peut-être était-ce là que résidait le véritable dérangement, au-delà du fait qu’il semblait tout savoir de la jeune femme. Il n’avait pas montré le moindre signe de supériorité quant aux informations qui lui avaient été fournies à son réveil par la fratrie Stewart. A ses yeux, tout n’était qu’un immense amas de chiffres, de probabilités, de courbes et d’équations dont les inconnues n’étaient pas toujours celles que l’on pouvait croire. Il n’avait pas semblé surpris lorsqu’il avait été mis au courant d’une observatrice, et s’était contenté de lancer un rapide coup d’œil sur chacun des Rebelles présents dans la pièce, tentant de déterminer de qui avait pu provenir l’appel d’urgence. Étrangement, la jeune tireuse n’avait pas réagi lorsque les sous-fifres avaient été maîtrisés, dans le salon d’Amaury Scherr, alors que cela aurait été la réaction la plus plausible. Quoi qu’il en soit, le nomade revint rapidement à la réalité et observa avec un peu plus d’attention celle qui lui faisait face. Une arme chargée dans son étui et deux chargeurs visibles sur sa bandoulière, cela avait quelque chose de ridicule pour une telle soirée. Mais en remettant les pièces du puzzle à leur place, il était simple de deviner que l’endroit qu’elle louait avait dû être envahi par les Uniformes Rouges avant d’avoir pu récupérer son matériel. Sans ciller, le garçon se baissa et ouvrit son paquetage qu’il avait laissé au sol lorsqu’était survenue cette intrusion inopinée dans son espace vital. Avant toute chose, il jeta un œil derrière lui et s’assura que les cadavres en lambeaux n’avaient pas encore été découverts. Ce n’était pas le cas, ce qui lui laissait en théorie un peu plus de 3 minutes avant que la patrouille suivante n’arrive sur place. C’était peu, mais suffisant, s’il se basait sur ce qu’il savait et ce qu’il avait pu voir de Siobhán. A cette dernière, il tendit un Sig Sauer P2022 et un CZ 75, chacun accompagnés de deux chargeurs pleins. Cela serait toujours utile en cas de combats urbains et à courte distance, ce qui serait certainement le cas s’ils se déplaçaient dans les ruelles tortueuses des Quartiers Pauvres. Il avait cependant noté le regard porté sur son fusil placé en bandoulière, et se doutait, d’après ce qu’il avait entendu, qu’elle était adepte des armes de plus gros calibre. Il hésita donc un instant avant de prendre en main un Sig-550 avec lunette de précision et bipied, ainsi deux magasins reliés par un coupleur de chargeurs.

« Vous comprendrez que par ma condition de tireur embusqué, je ne peux décemment pas vous confier mon fusil. J’espère que ce substitut vous conviendra pour la durée de cette nuit qui ne fait que commencer.

Maintenant, si vous le voulez bien, il serait peut-être temps de mettre les voiles. Nous n’avons que trop tardé.
»

De nouveau, une voix sans la moindre intonation émotive, à l’instar d’une machine qui n’a été conçue que pour faire le travail demandé. Il ferma son sac de transport et se dirigea vers sa solution de repli stratégique. Près du toit où les deux tireurs se trouvaient, un autre immeuble se dressait. Au vu de sa hauteur, il permettrait une bonne marge de déplacement sur les différentes zones des Quartiers Pauvres, mais encore fallait-il l’atteindre. Il analysa un instant la situation et se mit en marche, attrapant rapidement l’échelle qu’il avait préalablement retirée pour éviter les intrusions intempestives des éventuels locataires de son lieu de tir. Gardant toujours un œil sur sa montre et sur les corps au loin, il la plaça de telle sorte à en faire une passerelle entre son poste et celui d’où l’avait repéré celle qui se faisait appeler Red. Il emprunta le passage en premier, s’assurant qu’il supporterait son poids alors qu’il était affublé de tout son attirail, avant de faire signe à la mercenaire de le rejoindre. Il ne lui faisait pas entièrement confiance, et ce sentiment était sans doute réciproque, car bien qu’il avait apparemment un talent certain pour éliminer les troupes de l’Empire Livingstone, il ne faisait pas partie de la Cible, ce qui faisait de lui un électron libre et dangereux dans une guerre de factions, potentiel déclencheur de bien des maux. L’air de rien, il gardait toujours sa main prête à dégainer son arme de poing au moindre geste suspect. Toujours en silence, le nomade fit signe à son interlocutrice de le suivre sur le bâtiment suivant, d’où ils pourraient avoir une meilleure vue sur ce qui les entouraient. Malheureusement, il faudrait faire un peu d’acrobatie pour l’atteindre car l’échelle risquait d’être un peu courte, cette fois-ci. Sans se décourager, le voyageur lança son paquetage et courut jusqu’à l’extrémité de la plateforme d’où il exécuta un saut gracieux, bien que légèrement court. Ses chaussures ne se prêtaient pas au Parkour mais ce n’était pas la première fois qu’il les obligeait à sortir un peu de leur fonction de départ. Il posa la pointe de son pied contre la paroi et se donna une légère impulsion, assez pour s’agripper au rebord à l’aide de sa prothèse. Une fois monté, il défit rapidement la sangle de son fusil qu’il posa près de son sac et noua ce qui lui servirait de corde autour de son bras de métal qu’il tendit vers Siobhán. Une fois agrippée à la lanière de nylon, il la tira d’un geste brusque vers le haut et la rattrapa. Il ne pipa mot alors qu’elle se remettait tranquillement, s’occupant de remettre son arme en bandoulière. Enfin, il prit en main le petit manuel relié de cuir et en sortit une carte des Quartiers Pauvres, la marquant de plusieurs croix et cercles rouges.

« Nous sommes sur la périphérie de la zone. Cette patrouille-ci a été écartée et les cadavres seront bientôt découverts par cette unité-là. Ils donneront alors l’alerte et le plan d’invasion de Cassandra Jones risque d’être altéré et imprévisible. Aussi, deux choix s’offrent à nous. Jones et Visconti suivent un itinéraire concentrique, se rapprochant progressivement du centre où ils espèrent rabattre le plus d’occupants possible pour une capture de masse… Ou un massacre. Soit nous les rattrapons sur le chemin et nous leur tendons une embuscade en espérant en sortir vivants, soit nous suivons son parcours en éliminant un à un les groupes d’Uniformes Rouges assignés à un pâté de maisons, jusqu’à rejoindre le gros de la troupe, alors bien diminué. Si nous optons pour cette deuxième solution, il va falloir éliminer de notre position quatre Miliciens avant qu’ils n’aient le temps de prévenir leurs supérieurs.

Aussi, je tiens à préciser que mon objectif est d’aider un maximum de citoyens à échapper à cette nuit, et non pas d’élargir mon tableau de chasse, bien que l’un n’ira sûrement pas sans l’autre. Là où je veux en venir, c’est qu’une fois la première étape passée, il me faudra certainement engager les troupes de Jones au corps-à-corps. A ce moment-là, un soutien balistique de votre part ne sera pas de refus, et je doute que l’idée de tirer sur la Milice vous déplaise particulièrement.

Pour terminer, je sais que vous n’avez aucune raison de me faire confiance, ni n’en ai-je de vous confier l’intégrité de mon matériel et de ma vie. Sachez cependant que je suis quelqu’un qui paie ses dettes, et que j’en ai une envers la famille Scherr. Maintenant… Je m’en remets à votre expertise. Quelle stratégie préconisez-vous, Mademoiselle Ludwig ? A moins que vous ne préfériez Red ?
»

[Tout d'abord, je tiens à m'excuser de la qualité de mon écrit. L'inspiration et les jolies tournures ne sont en ce moment pas au rendez-vous, mais je tenais à avancer un peu dans l'Intrigue malgré tout.

De même, je me suis permis quelques fantaisies, n'ayant pas eu de précisions particulières à ce sujet dans des scénarios ou des discussions précédents. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, chère Amie.]

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Siobhán Mac Mahon
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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Ven 7 Juin - 3:44

Red n'avait pas franchement pigé le coup de l'accent écossais. Plissant les yeux, elle s'était tout de suite dit qu'il se foutait de sa gueule, ou qu'il tentait de l'imiter pour se faire passer pour quelqu'un qu'il n'était pas. Et puis, il en savait bien trop sur elle. Ses deux amis, les fouteurs de merde, étaient au courant de trop de choses, et Siobhán n'était pas sûre d'apprécier. Elle avait tout sacrifié pour arriver ici, sa famille, sa vie, ses amis, son identité, même. Et elle le pressentiment que les deux emmerdeurs en savaient longs sur elle. Pourvu juste qu'ils n'aient pas trouvés son vrai nom... Brouiller les pistes avait été long et compliqué. Sans se départir de son air calme ni de sa concentration, la rouquine étudiait les réactions, les gestes du voyageur . Il était d'ailleurs trop bien équipé pour n'être qu'un "simple voyageur" comme il s'était présenté. Elle n'était pas sûre de vouloir lui faire confiance. PAs sûre de pouvoir, non plus. Et ce soir, ces deux tireurs exceptionnels allaient s'observer l'un l'autre comme deux chiens en quête d'une faiblesse. Il était un électron libre, et donc dangereux pour la Cible tant qu'il ne prêtait pas une allégeance claire. Sauf que ce soir, on n'avait pas le temps pour ça. Des gens allaient mourir, des gens étaient déjà morts, des femmes se faisaient violer en ce moment même, et tout ça à cause des ces putains de miliciens.

Lorsqu'il lui donna des armes, elle les accepta avec un intérêt de connaisseuse, et un sourire de remerciement. Ce mec était VRAIMENT trop bien équipé. Qui étaient ses amis? Comment se faisait-il qu'il ait autant de bon matos? Elle ne savait comment réagir. Il l'amusait, elle s'en méfiait, le trouvait étrange, mais concerné. La tireuse d'élite avait bien du mal à cerner son collègue improvisé. Gardant toujours le silence - par peur de ce qu'il pourrait déduire de ce qu'elle disait- elle le suivit lorsqu'ils changèrent de toit. Le fusil suisse en bandoulière, les chargeurs rangés à côtés de leurs frères plus petits sur sa bande de cuir, elle se prêta aux diverses acrobaties qu'il lui imposait. Elle était jeune, et tenait une forme étonnante. Elle s'était elle-même imposé l'entraînement militaire de l'armée écossaise à partir du jour ou elle avait décidé de venger ses parents. Bien sûr, elle se méfiait. D'ailleurs, elle se tenait prête à esquiver tout tir, ou toute attaque, et à saisir son arme pour riposter. On est jamais trop prudent. Elle le laissait mener la danse. Toujours faire croire à ses adversaire que l'on est plus faible qu'eux. Et ne jamais les sous-estimer. Elle s'accrocha à la sangle de nylon, s'attendant à devoir grimper "en rappel". Mais non, le bonhomme la fit monter aussi aisement que s'il s'était s'agit d'une poupée. Règle numéro 2 : ne jamais montrer sa surprise à l'adversaire. Aussi Red fit-elle mine de rien, tout en notant dans un coin de son carnet mental que le bras gauche de ce Castello Dornes était doté d'une épatante force. L'objectif serait de ne jamais se laisser coincer par ce bras-là, tout en gardant à l'esprit que les deux étaient peut-être aussi étonnants. Mais même pour la jeune femme qui connaissait la capacité musculaire d'un homme et les possibilités qu'elle engendre, cela paraissait étrange. Elle sortit de son sac une cagoule ajustée qu'elle passa pour dissimuler sa longue chevelure rousse, bien trop repérable : plusieurs fois, elle avait pensé à la couper et à la teindre en noir, sans pour autant parvenir à s'y résoudre. C'était tout ce qui la rattachait à l'Ecosse et à ses parents.

Puis elle se pencha sur le plan de la zone pauvre que le jeune homme avait étalé au sol. Elle écoute son plan d'attaque. Auquel elle ne trouva rien à redire, par ailleurs. Excepté le fait qu'évacuer les citoyens, c'était bien beau, et elle partageait son avis, mais pour les envoyer où? A la fin de cette soirée d'horreur, il n'y aurait que peu d'endroit ou cacher les résistants, ou les citoyens suspects. Elle ne voulait même pas penser à ce qui allait se passer ce soir. Découper ça en petits morceaux. Un morceau après l'autre. d'abord, faire des ravages chez les miliciens. La prochaine patrouille n'allait pas tarder. Et il faudrait faire vite. La mercenaire eu un demi-sourire lorsqu'il parla de confiance. C'était clair comme de l'eau de roche, il n'avait pas besoin de le formuler. Cette non-confiance se lisait en eux, dans leur postures, s'entendait dans les mots qui n'étaient pas dits. Et cette allusion aux Scherr... Elle ne les connaissait pas. Elle n'avait jamais vraiment eu de contacts avec eux. Sa dette envers les Scherr ne l'empêchait en rien de tirer une balle dans la caboche rousse de Siobhán.


- Je préfère Ludwig, merci.

Red, c'était pour les amis. Et ce mec n'en faisait pas partie, pas tant qu'il restait imprévisible. Analysant ses paramètres de tirs, la rouquine fit une moue satisfaites, avant d'installer son fusil sur trépieds et de se tenir prête, signifiant clairement qu'elle optait pour la solution 2.

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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Mar 11 Juin - 16:46

Les secondes passèrent dans un silence de mort. Allongés sur le toit surplombant l’intégralité des Quartiers Pauvres, les tireurs patientaient, tels deux prédateurs à l’affût d’une proie de choix sur laquelle refermer leurs crocs acérés. Un léger vent frais vint souffler sur leur position sans qu’aucun n’ait ne serait-ce que l’idée de laisser l’un de ses membres trembloter à sa guise, risquant ainsi de compromettre l’intégralité de la soirée qui serait alors entièrement rythmée par les exactions de la Milice. Ils se devaient d’être focalisés sur leur cible, car le moindre tir manqué représentait l’éventualité d’une mise à mort massive au sein de la communauté civile, de même qu’une perte conséquente aux yeux de La Cible. Cela risquait de créer un déséquilibre des forces en présence, une issue inacceptable qui ne serait pas pardonnée au voyageur si jamais il devait survivre à cette nuit d’horreur. Aussi, lorsqu’il aperçut le rouge des uniformes ennemis apparaissant au loin, le regard du jeune Britannique changea du tout au tout. D’une teinte sombre, ses prunelles virèrent au turquoise tandis que le temps semblait comme ralentir, s’étirer infiniment. La configuration de la rue permettrait des tirs d’une précision maximale. En effet, il s’y trouvait un croisement large tous les cent mètres environ. La première patrouille décimée se trouvait à second croisement depuis la position de tir, et la seconde patrouille arrivait du troisième. Son parcours passant par le second carrefour, il était indéniable qu’ils verraient les corps sans vie de leurs compagnons d’armes et se précipiteraient droit dans la gueule du loup. La réaction attendue fut au rendez-vous.

« Distance : 275 mètres.
Vitesse de déplacement : 20 kilomètres par heure.
Ajoutez 3 millièmes de plus.
Larges tâches rouges sur la rue à 215 mètres exactement.
Feu quand vous voulez, Mademoiselle Ludwig.
»

Dans la seconde qui suivit, les deux tireurs pressèrent simultanément leur détente respective. Au vu de leur expérience au combat, ils n’avaient pas eu besoin de se consulter pour savoir quelles cibles leur incombaient, tant leur propre disposition et celle des Miliciens rendait la situation logique. Les cartouches pénétrèrent la chair des combattants de l’Empire Livingstone, ne laissant que la mort dans leur sillage. Comme le répétait assez souvent le dicton des tireurs embusqués : One Shot, One Kill. Suite au premier tir meurtrier, le voyageur réarma le levier de son fusil de précision et fit une acquisition rapide de sa seconde proie qu’il n’avait pas quittée du regard, l’œil braqué sur la lunette qu’il avait délibérément réglée sur un grossissement moyen, afin d’avoir une vue d’ensemble sur l’avenue. Au vu des galons dorés sur les épaulettes de son uniforme, il s’agissait d’un Caporal. Sans la moindre hésitation, le jeune homme pressa de nouveau la détente et vit sa munition subsonique traverser non sans de larges effusions de sang la main droite du gradé de la Milice, puis son communicateur sorti dans l’espoir d’appeler d’autres patrouilles en renfort, et enfin sa mâchoire qui éclata littéralement en morceaux. La gorge fut percée et des dents, de même que de nombreux bouts de crâne, volèrent en éclats avant de tomber au sol dans un son particulièrement répugnant. Puis, tout doucement, le monde sembla reprendre sa vitesse initiale, alors que la détonation du second tir du fusil Suisse, que la jeune Rebelle avait utilisé en mode semi-automatique, s’estompait.

Sans perdre de temps, le nomade se releva et remit son fusil en bandoulière avant de reprendre la carte pliée dans le petit carnet relié de cuir dont il disposait. A cela, il ajouta la liste des patrouilles notées en annexe, et se permit de tracer une croix au marqueur rouge au niveau de sa position, ainsi que sur celle des quelque huit cadavres laissés plus bas dans la rue pavée. Il fallait maintenant rattraper le retard pris sur les troupes de Cassandra Jones, sinon quoi La Cible risquait de voir le nombre de victimes civiles grimper de façon exponentielle dans les minutes qui allaient suivre. Il lança alors un bref regard à son associée d’un soir, d’une nuit, avec qui il partagerait une expérience sordide, bestiale et emplie de violence. Le genre de nuits qui restent gravées dans les mémoires et dont on se souvient des années plus tard avec un sourire nostalgique, malgré les horreurs dont on s’est retrouvé spectateur, avec l’espoir de ne jamais avoir à revivre un tel cauchemar. Le genre de nuits qui font que l’on se sent vivant, finalement, après des décennies enfermé dans un carcan de chair et de sang, dans la prison de sa propre existence qui se voit donnée un sens. Et dans l’étreinte glacée de Dame la Mort, ils se retrouveraient comme deux amants plongés dans une guerre sans pitié dans laquelle ils ne sont que des pions que l’on déplace en leur faisant croire qu’ils sont libres de leur destin. Ils comprendraient tôt ou tard qu’ils n’étaient jusqu’à présent que les représentants d’une espèce éteinte de prédateurs carnassiers, nés pour semer la désolation chez leurs proies apeurées, tremblant de tous leurs membres à leur vue. Toutes ces années à se croire l’unique spécimen d’une race d’un temps révolu et qui n’a plus lieu d’être, alors qu’un homologue subsistait, si proche, à portée de main, à portée de caresses.

L’instant d’un regard, et rien de plus. Deux animaux dans une jungle hostile. Au fond, et ce même s’ils semblaient l’ignorer à première vue, ils étaient semblables. La seule différence résidait dans leur éducation respective, qui avait fini par les faire bifurquer et emprunter deux voies qui, si elles étaient parallèles, n’en restaient pas moins diamétralement opposées. Des idéaux et des objectifs qui ne s’accordaient pas forcément, mais la même violence et la même soif de sang qui les animaient. Elle leur avait offert une identité tandis qu’il s’était contenté de les enfouir au plus profond de lui en espérant les oublier, ne réussissant qu’à les rendre plus présents et plus voraces. Et alors qu’il croisait le regard de la jeune Écossaise, il craignait qu’elle ne découvre cette part de lui-même, tout en désirant profondément qu’elle la voie et puisse y contempler son reflet. Opposés par la société, unis dans la douleur et la brutalité la plus primaire. Comme s’il laissait l’animal en lui prendre le dessus, il avança à pas lents vers cette figure élégante qui l’attirait d’une manière presque surnaturelle. Soudain, un cri au loin.

Comme si tout n’avait été qu’une parenthèse, que le fruit d’une hallucination collective, le lien se brisa aussitôt entre les deux combattants et le Britannique retrouva une certaine méfiance vis-à-vis de son interlocutrice. Sans attendre cette dernière, il se tourna en direction de cette voix qui s’était élevée dans la nuit, au milieu des coups de feu et des hurlements de panique diffus. Son regard s’était fait tout à coup beaucoup plus sévère, et de nouveau ses prunelles s’étaient éclaircies. Il prit son paquetage et rejoignit le toit suivant où il déposa son matériel avant de s’avancer jusqu’au bord de la plateforme. Quelque vingt mètres en contrebas, dans une ruelle, une jeune femme était aux prises avec un patrouille de Miliciens qui ne comptaient sans doute pas passer à côté d’une occasion de se faire plaisir à moindre frais. De son côté, le Britannique observait en silence alors que les quatre fonctionnaires armés arrachaient les vêtements défraichis de celle qui ne cessait de crier sa détresse malgré les coups qui lui étaient portés au visage et dans les côtes pour la faire taire. Sans un mot, retrouvant son attitude taciturne, le jeune homme déposa au sol son fusil de précision et le manteau qu’il avait hérité de son père : s’il avait l’intention d’engager les Uniformes Rouges au corps-à-corps, ce n’était cependant pas une raison pour recouvrir de sang l’un de ses trésors les plus précieux. Ainsi ne garda-t-il sur lui que son Beretta 92, dont il plaça l’étui derrière son dos, lorsqu’il sauta par-dessus le rebord du bâtiment, dévalant comme si de rien n’était la quinzaine de mètres qui le séparait du sol, amortissant sa chute sur les pavés en atterrissant sur sa prothèse biomécanique qui reçut l’intégralité du choc, non sans briser une partie des dalles irrégulières dans un son métallique qui ne tarda pas à attirer l’attention.

S’assurant d’un regard par-dessus son épaule que sa partenaire improvisée se mettait en position pour lui apporter l’appui-feu qu’elle s’était plus ou moins engagée à lui fournir, il s’avança d’un pas assuré, faisant claquer le talon de ses chaussures de ville contre le revêtement vétuste des rues des Quartiers Pauvres, vers les quatre silhouettes couleur de sang qui levèrent la tête de concert. Certainement étonnés de voir un civil dans une telle tenue se promener une nuit de Rafle dans les ruelles les plus mal famées d’Hegemony, ils ne réagirent pas immédiatement. Ils se rattrapèrent cependant assez vite et dégainèrent leur arme de service pour le mettre en joue, criant des ordres auxquels le voyageur ne fit pas attention, continuant d’avancer pas à pas, posant son regard sur le visage de chacun de ses vis-à-vis, leur offrant ces prunelles inhumaines et sans la moindre émotion qui trônaient fièrement sur son visage d’albâtre. Comme hypnotisés, ils le virent s’approcher. Il semblait qu’ils étaient en train de rêver, alors qu’ils voyaient un gringalet braver ainsi l’autorité de ces armes à feu dont ils avaient l’air si fier, sans montrer la moindre inquiétude quant à son sort. Il finit par s’arrêter lorsque son front entra en contact avec le canon glacé du pistolet chargé du premier Milicien, certainement le plus jeune de la patrouille. La chance semblait sourire au nomade, qui aurait déjà dû être criblé de balles en temps normal, laissant finalement place à cet Alter Ego qui se serait déchaîné dans les rues de la Capitale Impériale. Il fallait croire que l’Univers, dans sa grande sagesse, avait décidé de lui faire une faveur qu’il n’hésita pas à mettre à profit.

D’un geste vif, il pivota légèrement pour se décaler par rapport à l’axe de l’arme pointée sur son crâne. Il saisit cette dernière avec sa prothèse de métal et la broya en même temps qu’une demi-douzaine de phalanges alors qu’il dégainait son arme de poing et la plaçait contre la poitrine du jeune garçon qui lui servit de bouclier humain. Il pressa la détente de son semi-automatique, perçant le cœur et transperçant les chairs pour se loger dans le torse et la gorge d’un second Milicien qui s’écroula. Le troisième se prit une cartouche bien placée de la part de la mercenaire et tomba raide mort avant d’avoir pu esquisser un geste en direction du nomade qui lâcha le corps sans vie de sa première victime et tira deux munitions sur le Sergent, chef de la patrouille. Elles l’atteignirent aux endroits désirés : une dans l’épaule pour lui faire lâcher son arme, et une dans la rotule pour le garder au sol, neutralisé. Le jeune homme s’approcha à pas lents, braquant son arme sur le corps meurtri du combattant de l’Empire, lui intimant d’un regard plein de non-dits qu’il était préférable pour lui de ne pas esquisser le moindre geste de sa main valide vers la radio attachée à sa ceinture, dans laquelle il tira, fracturant sa hanche au passage, lui arrachant un cri parmi les moins virils qu’il avait été donné au Britannique d’entendre. Arrivé à hauteur du gradé, il posa son pied sur son entrejambe, pressant de plus en plus fortement, ajoutant un peu plus de son propre poids à chaque seconde qui passait jusqu’à ce que la douleur devienne intolérable. Et tandis qu’il cherchait une once de clémence chez son bourreau, le fonctionnaire ne trouva dans le regard de son assaillant qu’un vide sans fond, inhumain. Sans un son, le jeune Philanthrope s’agenouilla et fit pénétrer d’un coup sec sa main de substitution dans la poitrine du Milicien, lui détruisant les côtes sans la moindre pitié, et la ressortit en tenant entre ses doigts le cœur maintenant immobile du cadavre qui gisait à ses pieds. Il se releva tranquillement et lâcha l’organe qui s’écrasa contre les pavés, les éclaboussant de fluide vital. Dans sa lunette, l'Écossaise pouvait le voir maintenant : un regard perçant mais cependant vide, comme s’il avait été ôté de toute vie, de toute forme d’émotion, identique à celui de certaines personnes qui se réveillent d’un coma en étant amnésiques, sans comprendre ce qui leur arrive. Un monstre à visage humain.

L’uniforme du patrouilleur neutralisé par la Rebelle avait été laissé intact, contrairement à son crâne dont les débris avaient éclaboussé le visage et le corps à moitié dénudé de la jeune femme qui n’aurait pu être qu’une victime de plus dans un scénario où tant d’autres auraient connu son sort. D’une certaine façon, on pouvait considérer qu’elle était une rescapée. Malheureusement, la nuit ne faisait que commencer. Le voyageur récupéra la veste du cadavre sans tête et la déposa avec douceur sur les épaules de la fille, encore en état de choc devant le spectacle qui venait de se dérouler sous ses yeux. Un léger signe de tête de son vis-à-vis, l’invitant à fuir le plus vite possible, la fit rapidement revenir à la réalité pour s’exécuter, laissant la ruelle silencieuse et uniquement baignée dans le vacarme qui semblait si lointain, tout en étant si proche. Il se dirigea vers l’entrée de la ruelle, pensif. Sans qu’il n’en ait eu conscience, il avait fini par sombrer dans cette démence violente et sadique qu’il avait tout ce temps attribuée à son Alter Ego, l’Autre qu’il l’avait baptisé, tout en sachant au fond de lui-même qu’il était sa véritable personnalité, et que ce visage d’ange qu’il revêtait pour se fondre dans la masse n’était que le fruit d’un conditionnement qui avait duré toute son enfance. Mais la Nature finit toujours par reprendre ses droits, et il en était parfaitement conscient. Cependant, il ne pouvait s’y résoudre, tant l’Équilibre serait alors menacé. Et tout à coup, il tomba à genoux.


« Let me out. »

La voix douce et tranquille du jeune Humaniste était devenue une sorte de murmure dissonant, en parfaite harmonie avec sa tenue maintenant dégoulinante de sang. Doucement, tout doucement, l’Autre reprenait la place qui était la sienne, alors que le doute s’installait dans l’esprit de celui qui s’appelait Castello C. Dornes. Suite à l’absence de réponse de ce dernier, l’ordre fut répété sur la même intonation dégoûtante.

« Let. Me. OUT ! »

« … No… »

Un spectateur avisé aurait pu croire à une discussion opposant Sméagol et Gollum. L’un tentant de garder le contrôle de soi tandis que l’autre s’efforçait de le soumettre à sa propre volonté. Mais contrairement à la créature de Tolkien, le Pacifiste se trouvait être l’usurpateur, tandis que le monstre représentait la nature véritable de cet être ambivalent et psychologiquement dissocié.

« YOU NEEEEEEEEEEEED MEEEEEEEEEEEEEEEE !!! »

« No, I don’t. »

« Let me OUT or I will END YOU !!! »

Un cliquetis et une sensation froide contre sa tempe droite. Son arme pointée sur sa propre tête, le regard du voyageur s’était fait déterminé, ses prunelles brillant dans la noirceur de la ruelle tandis que son index tremblait contre la queue de détente. Il lança un regard à sa partenaire improvisée, dont il savait que la lunette était braquée sur lui. Aucun mot ne fut prononcé, mais le message était clair : s’il échouait, elle devrait prendre le relais. Elle ne lui devait rien, aussi était-il convaincu qu’elle n’hésiterait pas une seconde avant de presser la détente et d’en finir avec lui, ensuite de quoi elle finirait seule ce qu’ils avaient commencé à deux, laissant derrière elle le souvenir de cet animal si semblable à celui qu’elle était.

« Do it then. Try… »

Pas de réponse. Rien de plus que le silence mêlé aux cris et aux coups de feu.

« Come on ! Do it !! »

La jeune homme haletait, à bout de forces, s’efforçant de garder son sang-froid dans une situation qui échappait entièrement à son contrôle. Après quelques secondes sans réaction de la part de son Alter Ego, il abaissa son arme. Il semblait qu’à chaque fois qu’il perdait connaissance et qu’il laissait ouvertes les portes de son esprit, il finissait par perdre une part de lui-même. Bientôt, Castello disparaitrait, entièrement rongé par sa propre nature. Il se releva et sortit sa montre à gousset. Ils avaient déjà trop tardé, et les troupes de l’Empire Livingstone n’allaient certainement pas les attendre pour continuer le massacre. Il leva les yeux vers celle qu’il appelait Ludwig, et lui fit signe de continuer sur les toits pendant qu’il continuait au niveau de la rue. Elle devrait maintenant veiller seule à l’intégrité du matériel. La nuit ne faisait que commencer, et déjà les problèmes paraissaient se multiplier.

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Siobhán Mac Mahon
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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Mar 9 Juil - 23:01

Siobhán Mac Mahon était vivante. Complète. Il n’y avait qu’avec une arme que la jeune femme se sentait entière. Elle n’existait plus que pour tuer. Pour détruire. Elle était une arme. L’instrument de la vengeance d’un peuple. Elle était leur bras, leur fer. Celle qui condamnerait les oppresseurs. Revenant aux racines des peuples celtes qu’elle avait autrefois étudié, elle ne respirait que pour la guerre, que pour semer le chaos et la peur dans les rangs de ses ennemis. Et si elle devait perdre sa vie au cours de son vol de terreur, elle serait heureuse de le faire pour son peuple. Les différents bruits que faisait le Sig-500 que son acolyte lui avait prêtés résonnaient en elle, au même titre que le battement de son cœur. Elle caressa du bout des doigts le canon de son arme, heureuse de retrouver son intégrité physique. Couchée, elle attendait ses cibles. Son souffle lent sonnait comme un glas pour les miliciens qui n’allaient pas tarder à débarquer. Red était de nouveau entière, et, telle une déesse sanguinaire, allait envoyer la Mort sur les hommes en rouge. Un petit sourire barbare naquit sur ses lèvres. Tout en elle réclamait le carnage, le sang.

La voix du voyageur annonça le début des hostilités. Les miliciens avaient fait leur entrée, se précipitant exactement à l’endroit de leur rendez-vous avec la Faucheuse. Les deux tireurs firent feu. La balle de Red traversa la peau, l’os frontal, puis le cerveau, laissant sans doute une magnifique blessure de sortie qu’elle ne put malheureusement voir de là ou elle était. L’arme semi automatique se rechargea, et la mercenaire tira de nouveau, touchant cette fois la seule femme de la patrouille en plein cœur. La couleur rouge de l’uniforme n’était manifestement pas au point, puisqu’une fleur écarlate naissait sur le sein du cadavre, qui offrit son dernier regard à la nuit avant de rendre son dernier souffle. A ses côtés, deux détonations avaient retentit, et les deux balles avaient bien entendu touché leurs cibles. Mais Red n’en avait pas douté. Tout en cet étrange voyageur qui portait un véritable arsenal respirait le guerrier. Il était, comme elle, né pour tuer. Où en tout cas, c’était ce à quoi il avait voué son existence, sa vie. Le carnage se lisait dans ses attitudes, le mouvement de sa tête, la concentration de son regard. Il était le reflet de qui elle était. C’était comme de se voir dans un miroir, et de voir que son reflet avait disparu, remplacé par un autre, qui bougeait comme vous, parlait en même temps et faisait les mêmes mimiques. L’expérience aurait été troublante pour d’autres qu’eux. Pour des individus qui n’étaient pas des armes. Pour des gens... normaux. Pour eux, c’était simplement fascinant.

Leurs regards se croisèrent alors qu’ils s’apprêtaient à changer de toit. Lui venait de rayer d’une croix la position ou ils se trouvaient, elle ajustait son paquetage sur son dos. Ils ne souriaient pas. Mais au fond de leurs yeux, il y eut cette étincelle. Celle qui disait «Je te reconnais comme mon double. Nous sommes de la même race. ». Un hurlement, et tout fut brisé.

Il sauta sur le toit voisin, et Red fit de même, atterrissant avec souplesse. En bas, scène banale, et c’était horrible de le dire : quatre miliciens en train d’agresser une femme. Avant que qu’elle n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, le voyageur avait sauté. Elle ouvrit les yeux de stupeur. Il était totalement con ou quoi ? L’écossaise se précipita pour regarder au bord du toit lorsqu’un bruit métallique retentit. Putain, ce mec avait
atterri sur son bras ! Qui avait défoncé le sol ! Il avait un bras de... métal ? Un robot ? Impossible, les robots n’avaient jamais pu aboutir. Et elle l’avait vu saigner. Il était forcément humain... quoi que. Si quelqu’un avait trouvé le moyen de faire un robot aussi ressemblant, il l’avait peut-être doué d’une sorte de peau, irriguée par des veines, pour que l’illusion soit parfaite... ? Il faudrait qu’elle fasse un rapport. En attendant, robot ou pas, il avançait vers les miliciens. Revenue rapidement de sa surprise, la jeune femme installa le Sig 500 sur son bipied et regarda la scène à travers la lunette de son arme, prête à intervenir. L’affrontement la laissa sans voix... Autant par sa violence que par son incongruité. Le voyant occupé avec deux des hommes, elle visa, et stoppa net d’une balle en pleine tête le milicien le plus proche de la pauvre fille, l’éclaboussant au passage de sang et de cervelle. Elle s’excusa silencieusement, avant de regarder de nouveau Dornes, qui venait de lâcher un cœur arraché sur le sol. Eurk. Elle n’était pourtant pas une tendre, et avait déjà massacré plus que sa part d’homme en rouge, mais là... Ce visage dénué d’émotions l’interloquait. Il avait arraché un organe à un homme sans sourcille, sans réagir, sans rien... Ce qui confirmait la thèse du robot. Cependant, la mercenaire remarqua qu’il utilisait toujours son bras gauche pour toutes les tâches... « Difficiles ». Peut-être qu’il lui restait une part d’humain, une part fragile. La suite n’était pas plus logique. Il couvrit les épaules de la fille et lui fit signe de fuir, ce qu’elle fit sans se faire prier. Puis, sans sommation, il tomba à genoux. La rouquine en resta perplexe. Il n’avait pourtant pas été touché pendant son combat, elle y avait veillé.

Puis il y eut la voix.


Dissonante. Démoniaque. Un frisson avait parcouru l’échine de Siobhán sans qu’elle n’y puisse quoi que ce soit. Ce... Cette voix... C’était Dornes, c’était... Il porta son flingue à sa tempe. Qu... C’était quoi ce malade ? Un schizophrène, y’avait un putain de schizo à Hegemony, et mieux armé que Rambo, en plus... Lentement, sans le quitter du regard, l’index de la jeune femme vint se poser sur la gachette. Sa raison lui criait d’abattre ce taré au plus tôt. Cela ferait un ennemi potentiel de moins pour la Cible, et après tout, elle avait une bonne partie de son matériel. C’était ce que Mnémé lui conseillerait, probablement. Mais... Red repensa à l’étincelle. Et quelque chose l’empêcha de tirer. Se traitant de folle, d’inconsciente, elle décidé d’attendre la fin de ce dialogue de fous, et de ne le supprimer que si le démon gagnait. En visant le cerveau, pour être sûre...

Mais ce fut le voyageur qui l’emporta, et qui se releva, comme si de rien n’était, ou presque. Levant les yeux au ciel, elle comprit qu’elle devrait se taper tout son matériel désormais. Putain de lâcheur. Sans rien lui dire en retour, elle remballa son arme avec la rapidité de l’habituée, et soupirant, prit les deux sacs, et le manteau du voyageur. Puis elle le suivit à travers la nuit jusqu’à la prochaine patrouille.


[HRP : Et voilà, Castello toujours en vie !]

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Castello C. Dornes
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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Ven 12 Juil - 13:18

Parmi les ombres des Quartiers Pauvres, tout n’était que vacarme assourdissant de cris et de coups de feu incessants. A pas lents, faisant régulièrement claquer les talons de ses chaussures parfaitement cirées contre le dallage irrégulier des rues pavées, le voyageur tentait de calmer les battements saccadés de son cœur qui menaçait de déchirer sa poitrine. Il avançait en longeant les murs de béton usés par le temps et les graffitis haineux envers l’Empire Livingstone, tandis qu’il entendait au-dessus de lui la démarche discrète de sa compagne qui avait cru bon de l’épargner malgré sa soudaine et inexplicable démence passagère. Alors qu’il sortait le petit carnet relié de cuir, il se demandait si cela n’aurait pas été une meilleure idée que d’abréger ses souffrances et d’éliminer l’électron libre si imprévisible et potentiellement dangereux qu’il était. D’autres n’auraient pas hésité. Mais les autres n’étaient pas comme eux, unis dans le sang et la violence, deux représentants d’une race éteinte de prédateurs carnassiers. Ils n’avaient pas vécu ce moment que les deux tireurs avaient partagé : si bref qu’il paraissait n’être qu’une illusion, et pourtant si intense qu’il resterait gravé dans leur esprit jusqu’au jour de leur mort. Et ce jour ne tarderait peut-être pas. Mais peu importait, au final, tant les possibilités nées du lien tissé lors de cette rencontre étaient infinies. Si l’un devait pousser son dernier soupir, il s’éteindrait en sachant que l’autre continuerait de semer la désolation chez leurs ennemis… Ou le rejoindrait au Valhalla, emporté par l’étreinte ferme et chaleureuse des Valkyries, avant que ne s’estompe l’étincelle de vie dans ses prunelles.

Le voyageur s’arrêta un instant et déplia la carte où il traça une croix écarlate à l’emplacement des cadavres laissés dans la ruelle quelques minutes plus tôt. Après une courte analyse des différents horaires de passage des patrouilles Miliciennes, il avança de quelques pas après s’être assuré qu’il était suivi de près par sa partenaire improvisée. Ils ne devraient pas perdre une seconde s’ils voulaient continuer d’agir discrètement et par éliminations sporadiques, sans alerter le gros des troupes Impériales. Mais au vu des compétences de la jeune femme à la chevelure de feu, il ne doutait pas qu’ils seraient en mesure de mener à bien leurs assauts, quand bien même les paramètres ne jouaient pas nécessairement en leur faveur. Arrivés à un carrefour, le jeune Britannique fit signe à la tireuse embusquée de déposer le matériel au sol. De son regard perçant, illuminant la noirceur toute relative des rues faiblement éclairées par de vieux lampadaires vacillants, il observa la longue avenue s’étendant sur une centaine de mètres avant d’atteindre un second croisement. Puis il tourna la tête vers une rue plus étroite et plus courte, pavée de façon grossière. En théorie, les troupes qui arriveraient de ce côté ne pourraient pas se déplacer à plus de deux à la fois. Cependant, le problème ne résidait pas dans leur nombre, mais dans l’éventualité d’une fuite qui serait avantagée par la disposition des allées. Soucieux, le nomade saisit sa montre à gousset et observa les aiguilles tourner autour du cadran. Enfin, alors que sa respiration se faisait plus lente et régulière, il leva les yeux vers sa camarade.


« J’aimerais éviter de vous esquinter en vous demandant de transporter ainsi près de 40 kilogrammes de toit en toit. Aussi, si vous voulez bien me faire parvenir quelques-unes de mes armes en votre possession, je pense pouvoir réduire de plus de moitié votre fardeau.

Il me faudrait les éléments suivants, avec leurs chargeurs correspondants, je vous prie.

Le CheyTac M200.
Le Colt M4A1.
Le FN P90.
Le Walther P99.
Le Colt M1911.
Le double holster d’épaule.
Et deux sangles que vous trouverez dans la poche latérale du paquetage.

Enfin, je ne saurais trop vous recommander d’enfiler le manteau que je vous ai laissé. Je suis conscient de son poids, mais il a été doublé au Néo-Kevlar* pour l’occasion. Vous serez protégée de tous les calibres inférieurs au 12,7mm. Vous trouverez également un sabre sur le côté gauche, si jamais le corps-à-corps devient inévitable.
»

Il réceptionna une à une les armes et les munitions qui lui furent alors envoyés, amaigrissant largement le matériel que la jeune femme aurait à transporter et le réduisant à une quinzaine de kilogrammes tout au plus. Pressé par le temps, il continua de regarder sa montre alors qu’il rangeait les semi-automatiques et leurs chargeurs respectifs dans les pochettes de cuir cousues à même les étuis placés contre ses côtes. Il finit par récupérer les sangles qu’il déroula et régla à sa morphologie avant de jeter un œil à sa partenaire.

« Une patrouille arrivera du croisement sur l’avenue, à 107 mètres exactement, dans moins de deux minutes. La tactique restera inchangée, en ce qui concerne leur élimination, si ce n’est qu’une seconde unité arrivera par cette ruelle à droite, nous laissant virtuellement un créneau d’une vingtaine de secondes entre les deux groupes.

Je dis virtuellement car il est clair que nos coups de feu seront entendus, au vu de la distance relativement courte entre notre position actuelle et la leur. Nous aurons en condition réelle moins d’une dizaine de secondes entre l’apparition de la première patrouille et l’arrivée au pas de course de la seconde, dont nous devrons nous occuper avant qu’elle n’ait le temps d’alerter d’éventuels renforts.

Aussi, je suggère une neutralisation rapide des premières cibles au fusil de précision, suivie d’une acquisition rapide de la seconde patrouille au fusil d’assaut ou au pistolet mitrailleur. Compte tenu du fort grossissement de la lunette de votre fusil, et de la distance relativement courte de… 41 mètres entre votre position de tir et le point d’arrivée de la deuxième unité, je vous invite à vous servir du HK MP5A5. Mais je ne voudrais surtout pas aller à l’encontre de vos envies ou de vos préférences de tir, Mademoiselle Ludwig.
»

Il avait terminé sa phrase, toujours prononcée dans un accent Ecossais des plus authentiques, par une sorte de sourire qui, l’espace d’un instant, sembla illuminer tout son visage. Mais cela ne dura qu’une seconde, une petite seconde durant laquelle la noirceur de son être avait été submergée par toute la bonté dont il faisait preuve au quotidien, ce masque qui avait fini par remplacer sa véritable nature jusqu’au point de ne plus le laisser différencier la réalité de l’illusion. Mais tout cela relevait d’une époque révolue d’ignorance candide. Il comprenait maintenant qu’il ne pourrait jamais exister comme le commun des mortels, tout simplement parce que Dame la Mort avait décidé de faire de lui l’un de ses Champions, récompensés par une incapacité chronique à perdre la vie, mais damnés en retour par une soif inextinguible de sang. Et il ne doutait pas que la jeune femme, quelques mètres au-dessus de lui, avait hérité du même privilège. Il avait sanglé les deux armes automatiques qui pendaient maintenant contre chacune de ses jambes, et avait placé le bipied de son fusil sur le capot d’une vieille berline abandonnée. Les secondes passèrent en silence, et il attendait.

Les Uniformes Rouges se présentèrent, et les deux tirèrent patientèrent sagement, le doigt posé sur la queue de détente, que leurs cibles se placent de façon à pouvoir les éliminer efficacement avant d’être repérés, tout en sachant que d’autres ne tarderaient pas à arriver. Et sans qu’ils ne se fussent concertés au préalable, ne se fiant qu’à leur expérience du combat, ils pressèrent de concert la détente de leur fusil respectif, transperçant de leurs cartouches les corps maintenant meurtris des Miliciens qui s’écroulèrent au sol. Le voyageur n’eut besoin que d’une seule munition qui, bien que ralentie par sa nature subsonique et par la présence d’un réducteur sonore à la bouche du canon de son arme, restait particulièrement puissante et perforait sans difficulté la chair de ces proies qui se trouvaient sur son chemin. La jeune femme, elle, eut tout de même besoin d’un tir pour chacune de ses cibles, qu’elle toucha sans le moindre souci. Mais ce n’était là que la partie simple de l’opération, malheureusement. Ils n’eurent pas le temps de reprendre leur souffle que, déjà, des pas se faisaient entendre du côté de la ruelle.


« A trois heures ! »

Comme s’il avait fait cela toute sa vie, il empoigna la carcasse de son fusil de la main droite et brisa la vitre de la berline de son poing gauche, alors même qu’il voyait apparaitre l’écarlate des vestes Miliciennes apparaitre au coin de la rue. Il ouvrit en grand la portière et, tout en pivotant sur ses hanches, envoya son arme sur le siège du conducteur pour finir son mouvement de rotation avec le dos contre la paroi de métal qui lui servirait de couverture de fortune, le temps pour lui de riposter avec des moyens plus efficaces qu’un fusil à verrou. Déjà, les hostilités débutaient, et les coups de feu s’enchaînaient. Il eut le temps d’entendre un cri de douleur, preuve que Ludwig ne perdait pas de temps pour se joindre aux festivités de Dame la Mort. Mais même si elle était protégée, ce n’était pas une raison pour la laisser seule sous le feu ennemi, d’autant plus qu’il était celui destiné aux premières lignes tandis qu’elle occupait le rôle de soutien balistique. Aussi se mit-il à découvert, tenant dans sa main droite, à bout de bras, le FN P90 qu’il mit en action dans l’optique de se servir de la cadence de tir élevée du pistolet mitrailleur pour venir à bout de ce qu’il restait de la patrouille. Il avança rapidement en tirant sans discontinuer, tout en restant éloigné du cliché Hollywoodien du soldat hurlant à la mort en se précipitant vers l’ennemi à abattre. Il restait de marbre et c’était là la clé de son efficacité. Le chargeur de cinquante cartouches fut complètement vidé, et l’unité fut entièrement décimée.

Ou du moins l’aurait-elle été s’il n’y avait pas eu un fuyard qui se servit de l’un de ses camarades comme bouclier pour tenter une retraite. S’il arrivait à se dissimuler derrière le mur d’où ils étaient venus, il pourrait appeler des renforts, et toute la stratégie des deux tireurs tomberait à l’eau. De sa position, la jeune femme ne pouvait non plus atteindre le gringalet en uniforme, alors sorti de son champ de vision. Le voyageur non plus n’était pas assez proche pour tenter de le rattraper, ni n’avait-il le temps de recharger son arme ou d’épauler son M4A1 qui pendait derrière son dos. Il aurait préféré ne pas avoir recours à cette solution, mais la situation ne laissait pas le luxe d’un choix Cornélien. Laissant tomber son arme retenue par une sangle, il donna un coup sec sur sa prothèse biomécanique qui, dans un mouvement brusque, s’ouvrit au niveau de l’avant-bras en déchirant la manche tâchée de sang de sa chemise autrefois immaculée, révélant quatre longues trappes métalliques. Dans chacun des compartiments, une lame était dissimulée. Il saisit la première et la lança en direction pleutre qui reçut le couteau profondément entre les omoplates avant de tomber au sol. Le voyageur utilisait rarement les couteaux, lors d’affrontements en combat rapproché, ne les appréciant guère : trop barbares à son goût, contrairement au sabre Japonais qu’il affectionnait pour son esthétique raffinée et sa portée plus conséquente qui lui évitait d’abîmer ses vêtements et, plus particulièrement, son manteau. Aussi voyait-il d’un assez mauvais œil cette particularité de sa prothèse qui, bien qu’utile, allait à l’encontre de ses préférences et révélait aux yeux de tous sa condition d’estropié assisté par une technologie qui le dépassait quelque peu. Sans un regard vers sa partenaire, il s’engouffra lentement dans la ruelle et récupéra sa lame dont il essuya le sang sur sa manche déchirée qu’il finit par arracher complètement, laissant à nu le métal luisant de son bras gauche. Il rangea le couteau dans la trappe mécanique qui se referma automatiquement et retourna vers la berline où il récupéra son fusil de précision. Enfin, il prit le temps de recharger son pistolet mitrailleur avant de relever la tête vers sa partenaire improvisée.


« La prochaine patrouille devra être éliminée à cinq rues de notre position, et sera sur place dans un peu moins de dix minutes. Nous commençons à nous rapprocher du centre où nous risquons de retrouver une très grosse concentration de Miliciens. Leurs forces seront particulièrement réduites, et nous aurons l’avantage de l’armement, mais à moins de trouver des points de tirs stratégiques d’où nous pourrons en éliminer le plus possible dans la confusion… Accrochez-vous bien au manteau. »

Le voyageur ne dit rien de plus, et commença à marcher en direction de la prochaine patrouille. Son esprit était focalisé sur l’action, mais une part de son cœur était obnubilée par cette jeune femme à la longue chevelure rousse dissimulée sous cette sombre cagoule. Il ne doutait pas qu’en cas de combat urbain en terrain ouvert, d’autant plus sur la place centrale des Quartiers Pauvres, la bénédiction de Dame la Mort ne serait pas suffisante. L’Autre prendrait alors certainement le relai, massacrant tout sur son passage, ne faisant aucune distinction entre Miliciens et civils. Et si sa compagne d’un soir ne prenait pas la décision de l’achever, il y avait de fortes chances que la frontière entre l’illusion et la réalité s’amenuise encore un peu plus, quitte à dévorer ce qu’il restait de Castello C. Dornes. Tant de pensées à côté desquelles il ne pouvait décemment pas passer, sachant pertinemment qu’elles représentaient son existence, dorénavant. Longer la ligne de démarcation entre la droiture d’esprit et la folie la plus pure. Et au milieu de tout cela, c’était ce visage d’une blancheur de porcelaine, encadré d’une cascade de feu, qui lui apparaissait. Elle devait survivre, et il ferait tout pour la sauvegarder.

* Le Néo-Kevlar n'est pas encore commercialisé sur le marché militaire, d'où l'absence de dénominatif plus exact.

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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Sam 13 Juil - 1:30

Arrow Le dernier pétale

Le véhicule blindé aux couleurs des hommes de main de l'Empire filait à travers les avenues marquées par l'ignominie des actes plus tôt perpétrés, souillées par les stigmates de l'abjection humaine, maculées du sang des innocents, de leur corps déformés par la mort et laissés à la vermine, des cris des survivants fous traumatisés par la violence, des restes de ces femmes détruites tenant comme elles pouvaient les lambeaux de leurs vêtements, avilies par la perversion des hommes.
Le pseudo-milicien, dans son uniforme rouge sang, ne s'était jamais aussi bien accordé avec le paysage chaotique qui défilait sous ses yeux. La haine semblait avoir inondé ses veines comme le dégoût s'emparait de son estomac. Sur le volant, ses doigts se crispaient à en faire blanchir ses jointures. Il devait définitivement se reprendre. Ce n'était pas le moment de flancher, ne pas réfléchir, ne surtout pas réfléchir. Gabriel avait l'impression de flotter à l'extérieur de son corps, regardant la scène avec un recule qui lui donnait le vertige. Il n'avait pas le choix. Pas d'autre choix que de se claquemurer derrière sa foi, ses convictions et ses idéaux.

D'une oreille il écoutait les informations sur l'évolution des patrouilles et de cette histoire de massacre de miliciens sur les canaux cryptés de transmission, tout en essayant de se figurer géographiquement où avait été perpétré les meurtres. Il n'avait aucune idée de qui était derrière tout ça, il pouvait aussi bien s'agit d'un groupuscule de résistants ayants décidé de riposter, comme d'autres cellules de rébellion plus ou moins liées à la Cible. Il n'avait pas non plus la moindre idée de qui avait bien pu donner les ordres, ni même s'ils y avaient eu des ordres tout court. L'homme ne savait d'ailleurs pas s'il avait une chance de s'en sortir alors un groupe de rebelles prenaient tous les uniformes écarlates pour cible. Qui pouvait-il contacter pour obtenir une chance de passer entre les balles de son propre camp ?
Il avait tenté de joindre plusieurs de ses relations pour en apprendre plus sur les assauts contre la Milice mais personne ne savait quoi que ce soit. Il ne manquait plus que ce soit une bande d'électrons libres qui nettoyaient à leur sauce les rues du fléau Livingstonien...

En revanche, ce qui semblait se dessiner en tous les cas c'est que les insurgés à la gâchette facile se donnaient à éliminer les hommes en rouge au fur et à mesure de leur avancement, prenant à revers les patrouilles qui restaient en arrière. De là à savoir s'ils s'étaient répartis en groupes organisés, c'était une autre histoire. Filant à présents dans les rues et ruelles inégales, il allait bientôt rejoindre les patrouilles qui ratissaient les quartiers pauvres avec une méthode à faire presque pâlir. Arrivant à la hauteur de la dernière patrouille, il immobilisa le 4*4 en travers d'un trottoir. Dans une poche intérieure qu'il avait ajouté à son uniforme réglementaire, il avait tiré deux galons d'adjudant qu'il était venu recoller à leur place habituelle. Certes, il pourrait être fusillé pour cette falsification de grade, mais tant qu'à risquer sa vie en compagnie d'hommes qu'ils ne connaissaient pas et réciproquement -ou qui n'avaient probablement même pas entendu parler de sa rétrogradation- il préférait être en mesure de donner des ordres et d'être obéi.

Il sortit du véhicule alors que quatre hommes venaient vers lui pour lui expliquer la situation. L'un des quatre, partiellement couvert de sang, à l'allure particulièrement patibulaire fumait négligemment une cigarette, il semblait calme en comparaison aux autres qui, au courant de l'épuration qui avait lieu dans les rangs des sbires de l'Empire, scrutaient régulièrement les alentours, certains qu'ils étaient les prochains. Alors que Gabriel écoutait d'une oreille leur "récit", il observait en coin le seul gradé du groupe qui n'était que Caporal et tandis qu'on lui demandait déjà quel plan d'action ils étaient censés adopter pour arrêter la tuerie, le pseudo-milicien semblait perdu dans ses pensées à réfléchir.
Et c'est dire qu'il cogitait. Il serait impossible de retranscrire tout le cheminement de pensée qui l'avait poussé à faire ce qu'il avait fait, mais alors qu'il semblait se reconcentrer sur les hommes face à lui pour leur donner une réponse d'ébauche de plus, d'un geste preste et rapide, il avait sorti son arme de point pour abattre, presque à bout portant pour le plus proche, ces camarades d'uniformes. En quatre détonations, les quatre corps étaient tombés. Emerson quant à lui était déjà remonté en voiture, jurant pour lui même et en ce passant une main sur le visage. Il avait fermé un instant les yeux avant de contacter lui-même, via sa radio, ces supérieurs pour annoncer qu'une nouvelle patrouille avait été mise hors service.

Il allait à l'instant même retourner vers le raid et le centre du quartier ou le gros des troupes étaient peu à peu en train de converger pour récupérer les nouveaux ordres, mais alors qu'il allait démarrer son estomac avait flanché. La nausée lui monta aux bords des lèvres et il du prendre de l'air, reprendre ses esprit, avant de reprendre la route. Faisant quelques pas entre les cadavres, il avait laissé la portière ouvertes pour entendre les transmissions radios.
Appuyé contre la carrosserie du véhicule noir et rouge, il respirait à grand trait.


[HRP : ouais, bon, j'ai pas résisté, je sais pas comment je vais rester cohérente mais... m'en fou, j'suis admin ! interdiction de faire pareil *regard noir*]
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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Lun 5 Aoû - 1:51

Red portait patiemment tout le matériel. Ses déplacements s'en trouvaient légèrement compromis, mais elle faisait avec. S'adapter, le maître mot. Elle passait de toit en toits aussi discrètement que possible, mais était forcément ralentie. Le voyageur avec qui elle faisait équipe pour ce soir dû s'en apercevoir, car il lui demanda de lui envoyer un certains nombres d’armes et de munitions, ce qui allégeât de moitié le poids de son paquetage. Elle lui offrit un sourire reconnaissant qu’il ne put voir à cause de l’alliance de la nuit, et de la cagoule qui couvrait tout son visage excepté ses yeux. Il finit de s’équiper tranquillement, avant de lui communiquer les instructions concernant la prochaine patrouille. Il avait une masse d’informations effarantes. D’où les tenait-il ? Cela, la mercenaire l’ignorait... Et elle se promit d’en référer à une autorité compétente. Il lui avait conseillé d’utiliser le fusil mitrailleur qui lui restait, sur son perchoir. Regardant plutôt le pistolet suisse qui lui restait en main, elle le soupesa, puis rétorqua avec un sourire dans la voix :

- Je déteste le gâchis de munitions. Le Sig Sauer fera très bien l’affaire.

Et, comme les fois précédents, elle se mit en place, descendant cette fois-ci sur le pallier intermédiaire de l’escalier de secours de l’immeuble ou elle se trouvait. Tapie dans l’ombre, elle était plus proche de ses cibles, tout en restant camouflée. La patrouille fit son apparition. Deux tirs. Deux morts, avec la boîte crânienne transpercée. Mais déjà la seconde patrouille arrivait. Se concentrant sur son rôle de soutien balistique, la rouquine visa et tira, sans prendre vraiment garde à ce que faisait son équipier. Elle interrompit un milicien qui s’apprêtait à tirer. Alors qu’elle s’apprêtait à faire un second meurtre, le bruit caractéristique d’un FN P90 se fit entendre, fauchant les hommes en rouge sous la salve meurtrière... Tous, sauf un, qui parvint à sortir de son champ de vision. Elle jura entre ses dents avant de remonter précipitamment les escaliers, espérant avoir une meilleure vision depuis le sommet du toit. Lorsqu’elle arriva au sommet, le jeune milicien s’effondrait, une lame de couteau dépassant de son dos. La jeune femme vit Castello s’approcher pour récupérer son couteau, et la lueur hésitante d’un lampadaire à moitié défectueux fit la lumière sur ce qui avait autant dérangé Red. L’homme avait, a défaut d’un bras, une prothèse biomécanique d’apparemment très bonne qualité... et pleine de fonctions. Pratique. Dangereux. Il pourrait la mettre ko quand il le voulait avec ça. Même si elle pensait qu’il ne lui ferait pas de mal, pas après ce moment qu’ils avaient partagé l’espace d’un instant... On est jamais trop prudents.

L’expédition recommença. 5 rues à remonter pour atteindre la prochaine patrouille. L’écossaise progressait plus facilement, malgré le manteau, qui, bien que très beau et sans doute très utile de part le fait qu’il pouvait apparemment la protéger des balles, la gênait quelque peu. Debout sur le toit, la rouquine jeta un œil en bas. Le voyageur avançait en silence. Elle se trouvait sur l’immeuble d’où elle allait tirer. De là, elle aurait une vue imprenable sur la place ou devraient apparaître ses prochaines victimes, et...

Premièrement, elle remarqua les cadavres. Ce n’était pas normal. La Cible avait-elle dépêché des exécuteurs dans le coin ? Puis elle vit l’homme adossé à la voiture. Son cœur s’accéléra. Gabriel ! Presque paniquée, elle tourna la tête pour se rendre compte de la progression de Castello. Dès qu’il aurait tourné au coin de la rue, il allait dégainer son arme et...  Il n’était pas au courant que Gabriel était du côté des gentils. Il allait le tuer sans plus de sommations. Elle pesa le pour et le contre. Elle pourrait viser, là, maintenant, et tirer une balle dans le cœur du double camp. Mais c’était prendre un gros risque. Toute la soirée, elle et le voyageur avaient tués des miliciens qui ne portaient pas de gilets pare balle. Ça aurait été présomptueux de partir du principe que Gabriel en portait un. Elle ne voulait pas risquer sa vie. Alors quoi ? Informer Castello du statut du pseudo milicien ? Non plus. Moins les gens en savaient sur son double jeu, plus sa couverture resterait sauve. Jetant le sac de matériel sur son dos, Red descendit rapidement du toit en s’agrippant aux gouttières et rebords de fenêtres. Elle atterrit souplement derrière le voyageur qui, caché dans une ombre au coin de la rue, avait levé son pistolet et visait sans se presser l’homme esseulé.

Elle posa fermement sa main sur le canon de l’arme et la lui fit baisser. Dans un regard déterminé, elle lui dit :


- Celui-là est à moi.

Elle ôta le manteau du voyageur qu’elle lui rendit, et ôta sa cagoule qu’elle laissa tomber au sol.

- Merci pour le manteau, mais j’ai plus l’habitude d’être libre de mes mouvements.

Puis, avec un sourire fugace, elle se déplaça d’ombres en ombres de manière à ne pas attirer l’attention du pseudo milicien, qui de toute façon paraissait perdu dans ses pensées. Ce qu’il faisait là, elle l’ignorait. Si elle avait deviné qu’il avait tué ses « collègues », elle ne comprenait pas dans quel but. Mais là, l’idée, c’était de le garder en vie. Peu importait le reste. Elle profitait de son inattention pour se déplacer sans bruits jusque lui. Il ne fallait pas lui laisser le temps de dégainer son arme par réflexe, ou elle ne donnait pas cher de sa peau. Fusant comme un éclair de l’ombre, elle se jeta sur lui pour le faire tomber au sol. L’affrontement devait être réaliste, c’est pourquoi, malgré le fait qu’ils soient dans le même camp, elle ne devait pas faire semblant de frapper cet homme qui avait été si adorable une nuit ou elle avait besoin de quelqu’un. Douce ironie. Retenant tout de même ses coups pour ne pas lui faire trop mal, la tueuse à gage frappa. Mais passé le premier moment de surprise, Gabriel commença a se défendre... et c’était bien normal. L’avait-il reconnue ? Elle avait ôté sa cagoule dans ce but. Mais il savait qu’elle était mercenaire, et croirait peut être à une trahison. D’un coup sur le poignet, elle envoya valser le pistolet pour qu’il ne puisse pas lui tirer dessus, simplement utiliser ses poings... ce qui était déjà bien suffisant.

Frappant autant qu’elle se faisait frapper (ils allaient tous les deux être couverts de bleus, le lendemain), ils se battaient au milieu des cadavres, dans une scène étrange digne d’un blockbuster. Avisant la flaque de sang perdu par l’un des cadavre, Red y plongea sa main, avant de repartir à l’assaut. Quelques secondes plus tard, elle réussit cependant à l’entraîner de l’autre côté de la voiture. L’ayant accolé dos à la vitre passager, il servait donc de bouclier humain pour empêcher Castello de voir ce qu’elle faisait. Elle s’éclaboussa le visage avec le sang encore frais qui tâchait sa main, après avoir mis un doigt sur ses lèvres pour lui intimer le silence et le calme. Il était intelligent. Il comprendrait vite. Et valait mieux pour eux deux. Rapidement, elle tira une balle dans la parcelle de terre à côté d’elle, qui avait autrefois du accueillir un arbre. Sur ses lèvres se formèrent silencieusement cet ordre :


- Tombe !

Il compris bien heureusement, et se laissa glisser le long de la carrosserie, comme si la tueuse venait tout juste de lui porter le coup fatal. Red s’accroupit près de lui, et murmura :

- Désolée. Je t’expliquerais.

Et puis, avec un petit sourire, elle se pencha en avant et posa ses lèvres sur les siennes en un rapide baiser, que la carosserie de la voiture masquait heureusement aux yeux de Castello. Elle s’écarta et fit un clin d’œil à Gabriel :

- Maintenant, on est quittes. Bouge pas avant qu’on ait dégagé.

Œil pour œil. Vie pour vie. Baiser surprise pour baiser surprise. Maintenant, sa dette était payée. Elle ne devait plus rien à Gabriel. Effaçant bien vite le sourire un peu narquois, un peu espiègle qui naissait sur son visage, elle se redressa et retourna d’un pas égal vers Castello qui l’attendait. D’une voix neutre, elle lui dit avec un sourire en coin :

- Merci de me l’avoir laissé. On avait... un compte à régler. Par contre, la Cible a dû envoyer un groupe d’exécuteurs, cette patrouille est morte. Je remonte et on avance ?

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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Dim 11 Aoû - 1:04

Le calme retomba soudainement alors que le Milicien glissait lentement le long de la portière de son véhicule de service, finissant sa course assis contre les pavés froids de la rue inégale. Le voyageur ne montra aucun signe de surprise ou d’interrogation, gardant le même visage neutre dont il avait habitué sa compagne d’une nuit, lui rendant son sourire en coin d’un léger hochement de tête. Cependant, le doute était bien présent, et ce malgré les explications de la femme dont la longue chevelure rousse flottait magnifiquement derrière elle, illuminant la noirceur des Quartiers Pauvres à l’instar d’une torche appelant l’Espoir, et réchauffant quelque peu le cœur meurtri du jeune Britannique. Ce dernier n’avait pas relâché sa prise ferme sur la crosse de son semi-automatique, prêt à faire feu sur le soldat de l’Empire si jamais la confrontation devait mal tourner, ce qui ne fut heureusement pas le cas. La jeune femme n’était plus qu’à quelques pas de lui lorsqu’il se décida à ranger son arme et à lui rendre sa cagoule, profitant de ce court instant de répit pour remettre son lourd manteau sur ses épaules. Il se permit, alors qu’elle tournait les talons pour remonter sur les toits, de poser sa main sur son épaule, l’arrêtant dans son élan avant de lui tendre une petite trousse de soin récupérée dans l’une des poches latérales de le lourd sac de matériel qu’il avait décidé de garder pour ce qu’il restait de cette soirée.

« Quelques ecchymoses resteront visibles, mais au moins n’aurez-vous pas le visage tuméfié. »

*Ce serait dommage… Une si belle jeune femme.*

Il tut cette pensée qui ne lui ressemblait pas, mais qui reflétait pourtant toute l’honnêteté de son être. Il s’agissait maintenant de reprendre la route, mais pas avant d’avoir préalablement vérifié si ses doutes étaient fondés. Il ne doutait pas de la jeune femme, du moins pas plus que ce que la logique dictait, mais il ne lui faisait pas non plus entièrement confiance, ce qui était tout à fait compréhensible au vu des circonstances de leur rencontre. Il ne pouvait se targuer de la connaitre véritablement, surtout en si peu de temps, car après tout, la seule chose qu’il avait pu observer d’elle et sur laquelle il était en mesure de la juger était sa propension à exécuter froidement des cibles données. Néanmoins, toute la durée de leur coopération cordiale l’avait fait témoin d’une efficacité proche, si ce n’était comparable, de la sienne : pas un seul coup au hasard, une précision meurtrière, une expérience et un esprit vif permettant de réagir convenablement à des situations habituellement stressantes. Aussi ne pouvait-il retirer de son esprit cette image d’altercation sauvage et désordonnée, semblable à un combat de voyous, elle qui avait jusqu’à présent fait un travail propre. Elle avait argumenté qu’il s’agissait d’une affaire personnelle, mais il trouvait ce changement surréaliste. Au final, peut-être n’était-ce là que sa vision erronée des choses, basées sur des éléments circonstanciels, mais il répugnait d’être dans le doute.

« Nous disposons d’un peu de temps avant de rejoindre le gros des troupes, puisque nos cibles ont apparemment été neutralisées avant l’heure. Je pense qu’il sera possible d’obtenir quelques munitions qui ne seront pas du luxe, aussi je vous invite à rejoindre les toits pendant que je m’y attèle, Mademoiselle Ludwig. »

Toujours ce même ton neutre, ce visage inexpressif dont la blancheur immaculée était en elle-même étrange, dans les circonstances présentes, surtout si l’on décidait de coupler cela à sa tenue proprette. Il était évident qu’il ressemblait bien plus  un chic Londonien qu’à un guerrier en croisade contre la Tyrannie. Mais après tout, tout n’était qu’une façade pour dissimuler la noirceur de la vérité, un masque de porcelaine posé par-dessus les pires atrocités de la folie humaine. Aussi, laissant la jeune femme remonter sur son perchoir, le jeune voyageur se dirigea vers les cadavres éparpillés. Non sans une certaine réticence, ne sachant pas réellement à quoi s’attendre, il posa son paquetage sur le véhicule Milicien et s’approcha des corps, jetant un regard en coin à l’emplacement du dernier soldat Impérial exécuté. Il ne montrait rien, mais il remarqua cependant certaines choses. Ou plutôt, il nota l’absence de certains détails. Car si les quatre cadavres étaient tous affublés d’un impact de balle en pleine poitrine, l’uniforme écarlate de l’Adjudant était immaculé. Pour l’achever, il aurait été nécessaire de lui tirer dans la tête ou dans le buste, mais aucun des deux n’avaient été touchés. Il fit mine de rien, mais avait la réponse à l’une de ses interrogations. L’énigme suivante restait à résoudre. Faisant mine de récupérer des munitions, il récupéra l’arme de service, éjectée de la main de l’Uniforme Rouge pendant l’altercation, et sortit le chargeur du puits. Le semi-automatique était chambré au calibre .40 S&W, ce qui équivalait à une capacité de treize cartouches. Le magasin en contenait huit, avec une neuvième logée dans la chambre. Il manquait quatre cartouches, vraisemblablement dissimulées dans la poitrine des quatre cadavres allongés dans la ruelle. Il rangea le chargeur dans sa poche et s’approcha des corps. Après avoir pris leurs munitions, à l’instar d’un charognard piochant dans les restes d’autres prédateurs, il plongea dans un son répugnant sa prothèse dans les trous creusés par les impacts, élargissant considérablement les plaies et mutilant plus encore les soldats de l’Empire. Enfin, il avança vers le haut-gradé, faisant mine de lui faire les poches, dissimulé par le véhicule comme l’était plus tôt la jeune mercenaire. Il posa au sol les quatre cartouches récupérées dans les organes vitaux des morts et murmura quelques mots à l’attention du Défunt.

« J’ignore qui vous êtes et quel est votre objectif. Tout ce que je sais, c’est que vous êtes assez important à mon associée pour qu’elle mette ainsi en scène votre exécution, au risque de se faire volontairement rouée de coups.

Par respect pour cette personne que je tiens en assez haute estime, je me permets de vous sortir de cette situation sans que vous ne couriez le risque d’entacher votre réputation ou d’être mis aux arrêts. Je doute, au vu du nombre de corps laissés dans notre sillage, que vos collègues prendront la peine d’autopsier les morts. Mais dans cette éventualité, il serait fâcheux qu’ils y retrouvent des cartouches portant les marques de canon rayé d’une arme matriculée à votre nom.

Je vous invite donc à vous débarrasser de ces munitions au plus vite avant qu’elles ne vous portent préjudice. Et si vous ressentez encore le désir de tirer sur vos camarades, évitez de le faire avec votre arme de service.
»

Le voyageur posa discrètement son Walther P99 au sol, près de la jambe du Milicien. Il savait pertinemment que ce n’était pas forcément une bonne idée, que de s’alléger d’une arme, compte tenu de ce qui allait suivre, mais il décida de faire confiance à la jeune femme. Après tout, ils étaient de la même espèce.

« Vous disposez de deux chargeurs de quatorze cartouches. Vous pourrez les remplir avec celles de votre arme, le calibre est identique.

N’oubliez pas que vous lui devez la vie.
»

Sans un mot de plus, il se releva et prit son paquetage avant d’avancer et de rejoindre la mercenaire. Ce n’était pas dans ses habitudes de parler autant, surtout à une personne inconnue et potentiellement dangereuse. Mais après tout ce qui avait été vécu en cette soirée, il avait décidé de faire croire en cette femme à la chevelure de flammes et au regard hypnotique. Ils n’étaient que des animaux, et elle seule en avait conscience, et était en mesure de l’accepter comme tel, voyant dans son regard un reflet d’elle-même. Il avança dans les rues pavées, rejoignant après quelques minutes sa camarade de tuerie qui évoluait à son rythme, quelque peu freinée par la disposition irrégulière des toits. La nuit ne faisait que commencer, et déjà il commençait à fatiguer, à être las des tous ces développements et de toutes ces histoires qui s’entremêlaient en un tortueux labyrinthe de fils rouges se croisant sans jamais se toucher, créant un chaos monstrueux dans l’esprit du voyageur. Physiquement, il était en pleine forme, n’ayant qu’assez peu bougé, si ce n’était lors des courtes altercations et des déplacements entre chaque unité à neutraliser, mais son mental faiblissait au fur et à mesure que les minutes passaient. Contrairement à ses compagnons d’armes qui faisaient des informations leur plus grande force, récoltant où ils le pouvaient tout ce qu’ils pouvaient, le Britannique préférait les équations où le nombre d’inconnues restait modéré. L’ajout d’une variable en Uniforme Rouge ne le rassurait pas et compliquait grandement ses capacités de réflexion, d’autant plus si l’on prenait en compte tous les paramètres qu’il devait déjà être en mesure de gérer pour assurer ne serait-ce que sa survie et l’intégrité de son âme.

Il n’en montrait rien, gardant cette inexpressivité qui était à la base du trouble qu’il faisait généralement naître chez les gens. Capable de sourire et d’être courtois lorsque cela était nécessaire, il n’abusait cependant pas des expressions faciales qui risqueraient à la longue de déformer ce masque de porcelaine, révélant au monde les horribles cicatrices qui marquaient sa véritable figure. Il marchait sans s’arrêter, tournant là où il fallait tourner, sans jamais croiser le regard de la mercenaire. Il n’en était pas certain, mais restait persuadé qu’elle verrait au fond de ses yeux d’un bleu profond cette vulnérabilité qui commençait tout doucement à filtrer au travers de la dureté de son visage. Elle était a seule à pouvoir le constater, et la seule qui ne devait en aucun cas en être témoin. Ils avaient tué plus d’une vingtaine de Miliciens, partageant ces moments de vie, ces moments de mort, sans que jamais il ne perde la moindre petite once de concentration et d’efficacité. Il ne pouvait se permettre de flancher maintenant. Le doute n’était pas permis, pas avec ce qui les attendait. Cacher toute forme d’émotivité et rester focalisé sur le travail. Une règle d’or dans le domaine de l’élimination de soldats Impériaux. Alors qu’ils approchaient de la place où tout ce qui restait des troupes de Cassandra Jones dépêchées dans ce secteur se trouvaient, certainement sur le point d’exécuter un nombre important de civils, le jeune homme s’arrêta et posa ses affaires sur le capot d’une voiture à proximité. Il s’y adossa et prit entre les doigts de sa prothèse le petit carnet relié de cuir, faisant mine de rechercher des informations cruciales ou de réfléchir à un plan d’action. En réalité, son regard portait dans le vague, et sa respiration était quelque peu haletante. Il serrait son poing humain dans la poche de son manteau, tentant tant bien que mal de calmer les battements assourdissants de son muscle cardiaque. Ne rien montrer, quitte à se mordre la langue et à la sectionner, ne montrer aucun sentiment, aucun doute, aucune faiblesse.

Il fit signe à sa partenaire de patienter un instant et reprit ses affaires, regardant autour de lui pour trouver ce qu’il cherchait. Quelques secondes plus tard, il la rejoignit sur le toit depuis les escaliers de secours tintant d’un son métallique à chaque marche. Il avança vers elle, ses yeux brillant d’un éclat d’une clarté presque surnaturelle. Il croisa les pupilles émeraudes de la jeune femme qui put s’offrir, l’espace d’une demi-seconde, une plongée dans le chaos émotionnel et intellectuel du voyageur, assistant à l’instabilité de son être, plus semblable à une bombe à retardement qu’à un humain, et enfin à la détermination et à la volonté de fer dont il faisait preuve pour rester sur les rails et ne pas se laisser aller… Ne pas la laisser tomber. Il s’approcha de la Rebelle, jusqu’à ce qu’ils ne soient plus séparés que par quelques centimètres. Pour la première fois depuis qu’ils s’étaient rencontrés, le voyageur fit tomber une partie du masque et parla avec son véritable accent, un accent Britannique classieux sans être pédant.


« Nous ne disposons pas d’une position  avantageuse, et la Place Publique n’offre que peu de points de vue aux alentours. Même si elle en disposait, les chances pour que les civils soient exécutés avant notre arrivée au poste de tir seraient trop grandes pour que nous puissions prendre aussi ouvertement le risque.

Aussi, nous avons le choix entre trois solutions qui, loin d’être convenables, permettraient malgré tout d’envisager des alternatives. La première serait d’attaquer depuis notre position actuelle, profiter de la surprise pour essayer d’abattre le plus de cibles possible, sachant qu’elles sont espacées aux quatre coins de la Place et ouvriront le feu à la fois sur nous et sur les civils, une fois la phase de panique passée. Nous aurions un créneau d’environ trois secondes, ce qui serait bien trop peu, à mon humble avis.

La deuxième solution serait de considérer que notre action de cette nuit ne fera qu’épargner ces gens pour aujourd’hui. Demain, après-demain, et pour les semaines, les mois, les années à venir, ils resteront des victimes de l’Empire Livingstone qui ne cesseront de subir les agressions de la Milice. Nous avons déjà débarrassé le secteur de nombreux hommes, mais les autres n’ont certainement pas eu cette chance, et le nombre de victimes doit déjà se compter par milliers, à l’heure où nous parlons. Nous avons le droit de penser que nos actes, et plus particulièrement les vôtres, doivent parfois se permettre quelques dommages collatéraux afin de sauvegarder les clés de voûte qui sauveront une majorité. Aussi, il s’agirait tout simplement d’un repli stratégique.
»

Le jeune homme s’arrêta un instant et prit une grande inspiration avant de reprendre, toujours aussi calme malgré le déferlement d’émotions contradictoires et chaotiques se lisant dans son regard.

« La troisième solution, enfin, reste la plus réalisable tout en étant la plus dangereuse. Vous resterez en soutien balistique sur cette position, et j’engagerai les troupes Impériales en combat rapproché. Il y a de fortes chances pour que j’y laisse la vie, et que cela ait de graves répercussions. Vous avez vu ma part d’ombre de vos propres yeux, il n’y a pas si longtemps. Si je dois perdre la vie, ce ne sera pas sans combattre jusqu’à mon dernier souffle. Si nous optons pour cette solution, vous devrez me promettre qu’une fois le dernier Milicien décédé, vous m’achèverez proprement d’une cartouche en pleine tête, avant que je n’aie le temps de blesser le moindre civil… »

Son regard s’était fait déterminé, malgré une certaine tristesse qui se lisait au fond de ses prunelles d’un beau bleu turquoise. Il posa le paquetage et son fusil de précision au sol.

« Quelle que soit l’issue de cette nuit, vous pourrez garder le Sig-550 et les autres armes que j’ai laissé à vos bons soins. Je suppose que vous devriez en avoir besoin à l’avenir. Si la vie devait me quitter alors que je gis sur les pavés, et que Dame la Mort vient finalement chercher son dû, je vous offre le reste de mon équipement. Je vous demanderai simplement en retour de m’offrir une sépulture décente et de me laisser mon manteau. »

Cela ne lui ressemblait vraiment pas, de parler autant. Mais la situation ne lui permettait pas d’être avare en paroles, car elles pouvaient très bien être ses dernières. Il avait peur, il pouvait l’admettre, maintenant. Il ne craignait pas Dame la Mort dont il était le Champion bien-aimé, mais la pensée de laisser le monstre se réveiller une fois de plus, si tôt après sa dernière apparition, ne faisait pas naître en lui un sentiment de confiance, ni de contrôle.

« Je vous laisse décider de la solution qui sera la plus adéquate. Sachez cependant que dans l’éventualité où je vous offre là mes derniers mots… J’ai été très heureux de vous rencontrer, malgré des circonstances quelque peu extrêmes, et d’avoir la chance de partager une telle nuit avec quelqu’un de mon espèce. Pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai été libéré de ma solitude. Merci, Mademoiselle Ludwig. »

*Quoi qu’il arrive, je vous protégerai. Dussé-je en perdre la vie, je ne verrai pas la vôtre s’éteindre…*

Sans ajouter un mot, considérant qu’il avait déjà bien trop palabré, il se permit de légèrement relever la cagoule de la jeune femme jusqu’au niveau de son nez, et de déposer un très rapide baiser sur sa joue gauche avant de rabattre le tissu noir par-dessus ces lèvres rosées. Retrouvant une certaine contenance, il arme son fusil d’assaut d’une vive traction sur le levier. S’il devait combattre, il le ferait avec dignité, jusqu’au bout.

[Bonsoir, Mesdemoiselles.

Comme vous avez pu le remarquer, et contrairement aux précédentes réponses qui étaient principalement basées sur une action rapide et assez nerveuse, j’ai préféré écrire celle-ci en privilégiant la réflexion et le développement émotionnel de Castello C. Dornes.

Sachant que l’action aux Quartiers Pauvres sera certainement conclue par une retraite stratégique lors de la prochaine réponse de Mademoiselle Ludwig (si j’ai bien compris le déroulement chronologique de la Rafle), j’ai pensé qu’il serait de bon ton de ralentir le rythme pour ne pas avoir à couper net en pleine action.

Enfin, s’il y a quoi que ce soit que vous désiriez me voir modifier, au vu des quelques libertés que je me suis permis, je vous invite à me le faire savoir afin que je puisse m’y atteler dans les plus brefs délais.

Sur ces quelques mots, je vous souhaite une bonne nuit et vous embrasse tendrement, mes très Chères ! <3]

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Dernière édition par Castello C. Dornes le Jeu 15 Aoû - 19:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Jeu 15 Aoû - 0:12

D'une oreille distraite, adossé contre la carrosserie du véhicule blindé de l'Empire, Gabriel Emerson écoutait la voix impersonnellement froide et déformée par la transmission radio de la jeune femme qui communiquait en temps réelles les informations de l'évolution des patrouilles et raids de la Milice. C'est à moitié conscient, perturbé par ses propres actes, qu'il entendait la même voix prévenir de la dépêche d'un escadron d'élite dans la zone des massacres. Le cœur au bord des lèvres, il pensa amèrement qu'il ne pouvait pas faire grand chose pour la bande de zigotos qui zigouillaient à tour de bras les porteurs d'uniformes écarlates - qui faisait pourtant, même la nuit il fallait le reconnaître, des cibles parfaites. Advienne que pourra. Il était appelé par la même occasion à retourner au Commissariat Central, il n'avait plus rien à faire dans les rues. Encore moins à descendre lui-même ses "collègues". Il était aussi acariâtre que nauséeux. Qui aurait pensé qu'il y avait un pas entre torturer des innocents pour tenir un rôle et abattre quatre hommes de sang froid ? Cynique quant à ses propres actes il ne pouvait empêcher sa conscience insidieuse de lui faire remarquer avec mépris le paradoxe. Il devait se reprendre non d'un chien, il en avait fait d'autre et des pires, c'était pas quatre connards en moins avec une balle dans la poitrine qui allait le perturber, si ? Pitoyable...

Maintenant, il n'y avait plus qu'à espérer que le message serait suffisant pour les olibrius qui sillonnaient le quartier et qu'il lui vaudrait d'être épargné. Ils devaient être dans le coin. S'il ne s'était pas planté, ils devaient passer par ici, ils devraient le voir. Mais peut-être ça ne serait pas suffisant, peut être même qu'il s'était complètement planté... Il ferait mieux de foutre le camp, rien que pour obéir aux ordres qu'il venait de recevoir via la transmission officielle. Alors qu'il allait esquisser un mouvement pour remonter dans le 4*4, il fut projeter au sol. Pris sous le coup de la surprise et du choc de la chute, il manqua une respiration, le souffle coupé. Sonné par la douleur des coups qui lui vrillait le crâne et surtout auxquels il n'était pas préparé, il lui fallut plusieurs seconde pour reprendre ses esprits, alors que l'instinct de survit prenait le relais et qu'une violente décharge d'adrénaline vienne inonder son système nerveux pour lui permettre de riposter. Parant maladroitement les coups au début, l'effet de surprise dissipé il comprit enfin qui était son assaillant. Dans la lumière blafarde de la rue, il reconnaissait ses traits et sa chevelure de feu. Il aurait bien retenu ses coups pour essayer de parler à la tueuse à gage qui pour une raison inconnue ne lui laissait aucun répit. Au moins tenter de comprendre. L'espace d'un instant, il était persuadé qu'elle était passé à l’ennemi. Il avait sorti son arme mais elle l'avait envoyé valser un peu plus loin et alors qu'elle ne se privait pas de lui faire manger des points, il ne regretta pas vraiment de lui rendre la pareil. Mais non, c'était impossible, alors à quoi jouait-elle ?

A peine reprenait-il le dessus pour essayer de la contenir et au moins lui soutirer une information sur la raison de cet affrontement, qu'elle le dominait à nouveau avec une sorte de hargne non dénuée de grâce. La fluidité et la rapidement des mouvements de l'écossaise surpassait largement ceux de Gabriel qui, en plus de n'avoir qu'un entrainement basique au corps à corps, n'avait pas tant envie de frapper la jeune femme que de se défendre. D'une façon ou d'une autre, ils s'étaient retrouvé de l'autre côté du véhicule. Lui, plaqué contre la portière, elle, lui collant un doigt sur les lèvres pour lui intimer le silence. Docile, il garda ses questions pour lui, même s'il avait commencé à comprendre. Le coup de feu ne lui avait même pas décroché un sursaut. Il se contentait de regarder Siohban dans les yeux, aussi profondément qu'il le pouvait. Il la fixait avec cette intensité qui en disait plus long que les mots. *Encore toi*. Elle avait vraiment le chic pour se mettre dans ce genre de situation. Gabriel aurait dû s'en douter, après tout, leur première rencontre s'était faites dans des conditions similaires. *Toujours à liquider en douce des miliciens*. A la différence que cette fois, c'était probablement elle qui lui sauvait la vie dans cette mascarade étrange.

Doucement, il s'était laissé glisser le long de la carrosserie pour rejoindre le sol froid. Elle lui promettait une explication. Il l’espérait bien ! Il voulait sa version de l'histoire, rien que pour savoir ce qui lui valait ce passage à tabac. Un sourire invisible vint germer sur ces lèvres. Se vengeait-elle du baiser qu'il lui avait volé..... non, alors qu'elle venait doucement poser ses lèvres contre les siennes, là, elle tenait sa revanche.
Toujours en jouant le mort avec un grand talent, il la regarda s'éloigner, gardant pour lui son sourire en coin. Ses côtes le tiraillaient, une de ses pommettes et de ses arcades le lançait affreusement et dans sa bouche il sentait le goût du sang, alors que saignant du nez, le liquide ferreux avait trouvé plus judicieux de couler dans sa gorge plutôt que par le nez. En fait, il voulait bien rester faire le mort un peu là, le temps de reprendre son souffle et ses esprits. S'il n'était pas perclus par la douleur, il douterait de ce qui venait de se passer.

Il revint à la réalité lorsque des pas approchant se firent entendre. Les sens du pseudo milicien se mirent en alerte alors qu'un individu, probablement masculin, passait parmi les corps sans vie des hommes qu'il avait plus tôt assassiné. Qu'est-ce qu'il foutait là ? Est-ce qu'il était lié à la mascarade de Red s'était donnée à inventer ? Il faisait partie à n'en pas douter du "on" que la jeune femme avait employé un peu plus tôt, la mise en scène qu'elle s'était évertuée à réaliser lui était donc destiné ? Dur à dire, mais le rebelle en rouge se contenta de suivre à la lettre les ordres de l'écossaise. Restait à savoir s'il resterait convainquant... il était septique.
L'homme semblait récupérer les munitions qui seraient désormais inutiles aux cadavres, mais de là où il était et mimant un trépassé, il n'avait pas une vu parfaite de ce qui se passait à quelques pas seulement de lui. Il comprit que l'inconnu c'était également emparé de son arme, mais quant à savoir ce qu'il en faisait, il était incertain... jusqu'à ce qu'on vienne lui rapporter les quatre balles qu'il avait lui-même logé dans le torse d'autant d'homme. Au moins, il n'avait plus de doute quant à savoir s'il avait été démasquer ou non. Il grimaça intérieurement. Au moins, le type n'avait, semblait-il, pas l'intention de lui faire la peau. Au contraire, il lui venait d'ailleurs en aide alors qu'il lui rendait des preuves qui auraient pu devenir compromettant. Il lui laissait même une arme...
Toujours sans bouger, ni laisser filtrer aucun mot. Le double camp avait laissé l'homme s'éloigner, de nouveau en prise avec ses propres questionnements. Red avait donc trouvé un compagnon de tuerie ? Si c'était le cas, il aurait au moins voulu avoir le temps de leur dire qu'à eux deux, s'ils n'étaient que deux, ils avaient fait suffisamment de foin pour affoler les hommes en rouge. Les prévenir qu'ils allaient pas tarder à se retrouver avec un escadron d'élite sur les talons s'ils continuaient sur leur lancée et qu'ils valaient mieux qu'ils s’éclipsent avant que les rôles ne s'inversent...

Mais déjà ils étaient loin et lui avait récupéré l'arme qu'on lui avait laissé. Dans sa main, il avait regardé les quatre résidus de balles fraîchement extraites avec un dégoût certain. D'un geste, il les avait fait rejoindre la bouche d'égout avant de remonter dans sa voiture de fonction. Il avait perdu assez de temps comme ça. D'un coup d’œil dans son rétro il remarque sa pommette ouverte, soupira mi-blasé, mi-soulagé. Le 4*4 fonçait dans les rues déserte. Il fallait maintenant qu'il voit ce qu'il pourrait faire pour tirer deux innocentes d'un très mauvais pas.


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Dernière édition par Gabriel Emerson le Lun 17 Fév - 16:33, édité 1 fois
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Siobhán Mac Mahon
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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Dim 18 Aoû - 0:10

C'était comme hantée par le regard de Gabriel que Siobhán était remontée sur les toits. Comme lors de cette nuit de beuverie ou elle s'était livrée à lui, il voulait dire bien plus que des mots. Elle le sentait. Mais elle n'était pas capable de le déchiffrer, ou peut-être n'osait-elle pas y associer un sens. Elle se ramollissait. Le contraire d'une attitude raisonnable en cette soirée spéciale. Enfermant ses pensées concernant le double camp quelque part dans son crâne, elle se promit d'y revenir... ou pas. Elle n'avait même pas fait attention aux actions de Dornes, ne s'était pas méfiée de ce qu'il pourrait voir, ou ne pas voir, s'il allait fureter près des cadavres. Elle avait éteint son cerveau, allumé son instinct, et ne fonctionnait plus qu'en radar. Sur les toits, elle regarda la trousse de soin, remettant à plus tard. Plus tard, toujours plus tard. Elle la fixa à sa cuisse, pour ne pas la perdre, et se remit à avancer. Là-haut, il n'y avait pas besoin des cinq sens lorsqu'on avait l'instinct. Telle une panthère, animal dont elle prenait les caractéristiques, mêlées à celle d'un faucon, elle n'avait pas besoin de voir. Juste de ressentir. Le béton sous ses doigts. Les armes dans son dos. Le vent sur son visage. Rien de plus. Et surtout, ne pas réfléchir.

Pour cette raison, la mercenaire ne fut pas surprise lorsque Castello vint la rejoindre. En communion avec son environnement, elle l'avait entendu arriver, ce qui n'aurait pas été le cas s'il s'était accordé le droit de cogiter. Ce n'était pas le cas du voyageur. Lui réfléchissait, et ce à quoi il pensait le perturbait. C'était ce que la rouquine lut dans le regard qu'il lui offrit, l'espace d'un instant. Tant d'instabilité en un seul être. Elle se demanda si c'était ce qu'on lisait dans son regard, lorsqu'elle doutait. Si c'était ce que Gabriel avait pu voir dans ses yeux, quelques jours auparavant. Encore lui? Une respiration plus tard, le jeune homme et son regard étaient retournés dans le no man's land des pensées perturbantes de la jeune femme.

Le discours du voyageur face à elle la surprit : pas qu'il ait songé aux différentes possibilités, cela semblait être quelque chose qu'il faisait régulièrement si elle se fiait à ce qu'elle avait pu observer de lui au cours de cette nuit. Ce qui l'étonnait, c'était qu'il se considère comme une donnée négligeable et sacrifiable. Alors qu'avec ses compétences et son armement, il était loin d'être un figurant. Elle crut en comprendre la raison peu après : la protection des innocents. Soit. Mais Red n'étais pas assez philanthrope pour se sacrifier au nom d'inconnus. Stratégiquement parlant, ça serait stupide. La résistance pouvait avoir besoin d'elle.

Le passage sur la part d'ombre de Dornes la laissa impassible. Elle le regardant, sans froideur, mais sans compassion non plus. Elle partait du principe, peut être un peu sectaire, que l'on était qui l'on voulait, peu importe les troubles qui nous habitaient. Qu'il lui offre le matériel la laissa muette. Elle ne cernait pas le personnage, et ça l'inquiétait quelque peu. Mais ce fut quand il releva sa cagoule pour lui déposer un baiser sur la joue qui la prit le plus au dépourvu. Qu'elle l'ai libéré de sa solitude, c'était une chose, mais de là à agir de la sorte? Elle décida de ne pas relever, et de répondre tout à fait normalement :


- Toute part d'ombre se contrôle, Monsieur Dornes. Quoi que l'on puisse dire, que l'on puisse penser. Mais je jure sur le sang de l'Ecosse que, puisque tel est votre souhait, je vous achèverai si un jour, je croise celui qui vous habite, et qu'il menace des civils. Merci pour le matériel, j'en connais la valeur, et le respecterais pour ce qu'il est. Merci de même de m'avoir fait découvrir qu'il y avait plus de trompe-la-mort que je ne le croyait dans cette ville. Pour ce qui est de l'attaque de la place, je...

Une vibration caractéristique l'interrompit. S'excusant d'un geste, elle sortit son téléphone crypté pour lire le message qui venait de lui parvenir de la part de la Cible.  Rangeant l'appareil, elle se tourna de nouveau vers Dornes.

- J'allais préconiser le repli, qui me parait plus approprié. Mais je m'y voit de toute manière contrainte : je reste un soldat, et en tant que tel, j'obéis à ceux qui me commandent. J'ai à faire ailleurs. Peut-être nous reverrons-nous.

Elle inclina la tête en signe de respect, de remerciement et d'au revoir. Puis elle rassembla le matériel qui lui avait été offert, et disparut dans la nuit.

... =>

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Castello C. Dornes
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MessageSujet: Re: INTRIGUE 2.0 : RAFLE DE LA MILICE [07 Mars 2100] - CLÔT   Mar 27 Aoû - 23:33

La nuit ne faisait que commencer, et pourtant il semblait qu’elle approchait de son dénouement. Les cris et les coups de feux se faisaient de plus en plus rares et distants, tandis que le calme retombait tout doucement sur la noirceur de la ville, à l’instar d’un lourd rideau de velours écarlate se refermant sur une scène tâchée de sang et de tripes, théâtre de la cruauté humaine et des pires atrocités commises par ceux qui prennent plaisir à se qualifier d’espèce supérieure et civilisée. Rien de plus qu’un beau mensonge collectif tissé de soie et finement brodé d’or afin de dissimuler l’horrible vérité qui effraie les masses et les puissants imbus de leur propre importance relative et virtuelle. Ils ne sont que des animaux, n’ont toujours été que des animaux, et ne seront jamais plus que des animaux, quand bien même ils essaieraient de s’en cacher, se dissimulant derrière ces vêtements et ces richesses qui n’ont de valeur que celle que l’on daigne leur offrir. Et dans ce monde de bêtes tantôt grégaires, tantôt boursoufflées de prétention, il se distinguait par la conscience de son être profond et de sa nature de prédateur qu’il assumait pleinement. Jusqu’à présent, il avait pensé être le seul, destiné à terminer son existence dans la solitude et sans plus être en mesure de porter la moindre affection véritable à qui que ce soit après avoir perdu la seule personne qui, jusqu’à présent, avait su l’aimer en toute innocence, sans se soucier de ce qu’il était ou de ce qu’il adviendrait lorsque les barrières de son esprit finiraient par flancher. Aujourd’hui, il savait qu’il existait en ce monde une personne semblable à ce qu’il était. Mais était-ce réellement une bonne chose ? Il n’avait pas de réponse à cette interrogation.

Cela faisait déjà plusieurs minutes que la jeune femme s’était éclipsée, emportant avec elle quelques pièces d’armement qui lui serviraient sans le moindre doute si elle décidait de continuer sur cette voie meurtrière, ce qui serait certainement le cas au vu de ce qu’il avait pu observer de son implication et de ses compétences. De son côté, il ne se battait ni pour une cause, ni pour l’Equilibre, ni pour qui que ce soit. Il se contentait de faire ce que bon lui semblait, quand bon lui semblait. Il n’y avait véritablement rien de compliqué à ses actions, et c’était sûrement la raison pour laquelle personne ne semblait comprendre ses motivations. Il n’y en avait tout simplement pas, ou du moins aucune qui n’ait de sens dans le contexte au sein duquel il évoluait. Il se contentait d’agir selon ses envies et en respectant divers principes qui régissaient son existence, et c’était-là la seule limite qu’il s’imposait. S’il avait été élevé dans d’autres circonstances, il aurait pu n’être qu’une personne ne se souciant aucunement de son prochain et suivant des désirs superficiels, finissant par être gangréné par la corruption de cette ville. La liberté, et le choix de faire ce qu’il voulait pour ses convictions personnelles, c’était ce qui l’animait et ce qui l’avait gardé en vie toutes ces années. Malgré tout, il continuait de ressentir ce vide à l’intérieur de son être, cette absence totale de but, de destination. Plus le temps passait et plus ce vide prenait de l’ampleur, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’autre que lui et l’Autre. Ils pourraient alors s’entredéchirer jusqu’à ce que surgisse des débris le vainqueur. Dans son état actuel, il n’était pas difficile de deviner de qui il s’agirait. Castello C. Dornes ne serait plus. En attendant, il espérait pouvoir encore profiter un peu de l’existence, malgré les morts, malgré le carnage dont la ville avait été témoins, et malgré la quinzaine de Miliciens à quelques mètres en contrebas, alignant les civils pour une exécution de masse, comme ce devait être le cas dans chacun des secteurs des Quartiers Pauvres. Un message envoyé à La Cible, écrit en lettres de sang.

En spectateur étranger, il s’était allongé sur la plateforme en béton, croisant les doigts derrière sa nuque et observant le ciel nocturne sans étoile. Les cris de citoyens violentés ne semblaient plus l’affecter, ni même le fait qu’ils seraient tous froidement exécutés dans les prochaines minutes. Son esprit vagabondait dans les méandres de l’inconnu et des probabilités, revenant sur tous les événements de la soirée en tentant d’y trouver un sens logique. Après tout, lorsque la nature humaine prenait le dessus, plus aucune sorte de rationalisme ne trouvait sa place. Il était presque tenté d’en être dégoûté, mais il semblait qu’il commençait tout doucement à se résigner et à se laisser aller à la simple contemplation du Monde. Toutes ses idéologies utopiques n’avaient rien pu faire, n’avaient jamais rien pu faire pour aider ceux qui comptaient vraiment, et il n’avait même pas été en mesure de protéger la seule personne chère à son cœur. Alors que toutes ces réalités, qu’il avait tant bien que mal réussi à mettre de côté pendant toutes ces années, lui retombaient dessus avec la délicatesse d’une poutre en acier, ses yeux perdirent soudainement tout leur éclat. D’un beau bleu turquoise, ils étaient passés à un bleu marine proche du noir. Les Gentils gagnent toujours, car ce sont les Vainqueursqui écrivent l’Histoire. Si Livingstone éradiquait toutes les têtes pensantes de La Cible, elle serait à jamais légitimée dans ses actions, et les gens comme Ludwig et les Scherr, qui se battaient pour des idées qui leur tenaient à cœur, pour qu’une tyrannie s’achève, seraient considérés comme de vulgaires terroristes, de la même manière que le paternel du voyageur, Maverick M. Dornes, avait été assassiné pour trahison. Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, et ceux qui peuplent cette terre ne sont que de magnifiques Âmes Grises, avait-il lu un jour. Ce devait être vrai. Lui-même était la représentation la plus parfaite de cette dualité de l’espèce humaine, à la fois complaisante et révolutionnaire, plaine d’amour et gorgée de haine, intelligente et tellement stupide. Et dans tout ce paysage dévasté, il se contentait d’agir comme bon lui semblait, un électron libre dans une guerre entre deux camps diamétralement opposés, se mouvant au milieu de potentiels dommages collatéraux.


*Shall we go ?*

La voix de l’Autre n’avait plus du tout ce timbre dissonant, ni cette folie audible dans les modulations monstrueuses dont elle était capable. Au contraire, elle paraissait venir d’un ami proche et sincère, le genre d’ami qui vient nous relever lorsque l’on fait une chute et que l’on est sur le point d’abandonner et de se laisser aller à sombrer dans la lassitude. Dans ses mots, une véritable empathie pouvait être notée, et ce malgré tout ce qui pouvait séparer les deux êtres. Le voyageur lui-même ignorait pour quelle raison son Alter Ego s’était soudainement décidé à s’adresser à lui avec une telle sympathie, bien qu’il se doutât que son état physique et mental du moment n’aidait pas à garder une stabilité psychologique digne de ce nom et qu’il était préférable de se contenter de cela plutôt que d’essayer sans conviction de reprendre un contrôle qu’il était destiné à perdre.

« Yeah. Let’s go. »

Le jeune homme se leva calmement et récupéra son matériel avant de lancer un dernier regard à la place où tous les civils impuissants allaient perdre la vie dans les prochaines secondes. Il détourna les yeux et redescendit de l’immeuble alors que les coups de feu retentissaient dans l’intégralité des Quartiers Pauvres. Aucun cri, une exécution propre et sans bavure, comme savaient si bien le faire les Miliciens. Une larme coula le long de sa joue tandis qu’il s’éloignait calmement du lieu du massacre, évoluant dans les ruelles étroites et sombres où il pouvait se fondre parmi les ombres. Il se sentait souillé jusqu’à l’âme, d’avoir ainsi abandonné les idéaux qui, jusqu’à présent, avaient régi son existence et qui lui avaient été transmis par ce père qui avait tout donné, jusqu’à sa vie, pour sauvegarder celle du monstre qu’il était. Et il savait que cette tâche vermeille était indélébile, quand bien même il décidait qu’à partir de ce moment précis, il ne se détournerait jamais de ce fil conducteur qui avait régi toutes ses actions. Il ne voulait plus se bercer d’illusions. Le monde tel qu’il était n’avait pas besoin de gens comme lui, n’en avait plus besoin, ou pas encore. Il ne cesserait pas d’être qui il était, mais il fallait maintenant assumer sa place et sa nature. Il était une bête qui ne serait jamais rassasiée, dans un univers où il avait tout pour être au sommet de la chaîne alimentaire. Aussi longtemps qu’il le pourrait, il ne céderait pas à la cruauté, mais c’en était fini d’être innocent et de se laisser aller à être tantôt spectateur, tantôt acteur dans le rôle du Chevalier en Armure. Ils avaient voulu l’aberration, il leur offrirait !

*This is not who you are.*

« It is, now. »

*No matter how hard you try, you will never be like me. So do us a favor and stop acting like someone you’re obviously not. Trust me, it will do you no good. You were born to be innocent and caring, in order to counterbalance my savagery. There is no Universe without Balance, my Old Friend.*

Aucune réponse de la part du jeune homme qui continuait de marcher silencieusement entre les murs de béton qui se dressaient, sinistres, au-dessus d’une ville qui fut un jour si belle. Aussi peiné qu’il était de l’admettre, son Alter Ego avait raison. Il pouvait prétendre, il pouvait simuler, mais il ne serait jamais de la même trempe que celui qui habitait son esprit. Il semblait si simple, à première vue, uniquement motivé par la destruction et le carnage, mais la vérité était autre. Il était beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait. Le fait même de communiquer ainsi montrait qu’il y avait quelque chose de plus dans cette relation malsaine qu’ils entretenaient. Ils se complétaient tout en se repoussant. Le jeune homme était semblable à un dompteur amateur qui essayait d’apprivoiser un fauve ayant vécu toute sa vie dans la nature, tandis que l’Autre s’efforçait de reprendre ce qui lui revenait de droit. Mais à ce moment, il sentait qu’il était en osmose avec la bête qui grondait en lui. Il était conscient que cela ne durerait pas, et qu’une fois cet instant passé, leur éternelle guerre des nerfs reprendrait. Aussi souhaitait-il en profiter pour s’accorder un peu de répit alors qu’il vagabondait sans but dans les rues désertes de la capitale Impériale. Venu de nulle part, le son d’une guitare sèche se fit entendre, entonnant un air calme et légèrement oppressant. Alors qu’il cherchait la provenance de cette mélodie, il perçut la voix très douce et étrangement harmonieuse de son Alter Ego.

The day the World died
We disappeared
Past rusted turnstiles
We persevere
The wheels of conflict
Still move and turn
The day the World died
Nothing was learned

La voix prit soudainement plus d’ampleur, comme entièrement habitée par les paroles énoncées. De nulle part, d’autres instruments firent leur apparition, donnant presque l’illusion d’un début d’orchestre symphonique. Alors qu’il écoutait cette chanson à la fois si belle et pleine de sens, dans le contexte dans lequel ils évoluaient, le voyageur ne put s’empêcher de lever les yeux vers le firmament et de se laisser, à son tour, submergé par les émotions qui bouleversaient la bête en son sein.

And the Future’s a tunnel stretching endlessly
Into nothing stumble in the black
And the Light at the end is but a Treachery
It will blind you and force you back

The day the World died
We kindled doom
We burned the outside
Took to the gloom
But History’s lessons
Are snubbed and spurned
The day the World died
Nothing was learned

D’autres instruments se firent entendre, formant un véritable accompagnement qui dura de longues secondes, offrant plus de force à ce chant qui aurait pu donner l’air d’inspirer une révolution, s’il y avait encore eu la moindre âme en ces rues capables de l’entendre au travers de la barrière mentale du jeune Britannique. Dans les ruelles, des cadavres de fuyards et les corps dénudés de femmes violées pour ensuite être exécutées. Au détour d’un croisement, une chevelure blonde dont les mèches étaient collées par des éclaboussures de sang séché. Le visage, ou ce qu’il en restait, tuméfié et réduit en charpie. Sur sa poitrine découverte, des mots taillés au couteau. Sur ses épaules, une veste de Milicien. Le voyageur retint difficilement ses larmes alors que la voix de son Alter Ego résonnait dans son esprit.

And the Future’s a tunnel stretching endlessly
Into nothing stumble in the black
And the Light at the end is but a Treachery
It will blind you and force you back

Once more, we divide
From Peace we turn
The day the World died
Nothing was learned

Sur le dernier couplet, la voix s’était en partie brisée, comme influencée par le torrent émotionnel du nomade. Le silence retomba dans sa boîte crânienne, à l’instar des rues pavées et désertes. Les yeux rougis du jeune homme se posèrent d’un côté puis de l’autre de l’autre de la rue sur laquelle le passage qu’il avait emprunté débouchait. Il prit une décision qui le mènerait au Centre Ville, là où tout avait commencé, là d’où tout venait, et là d’om l’on devait le carnage de cette nuit. Il ignorait encore ses propres intentions, savait qu’au moindre faux pas il serait abattu par des dizaines de Miliciens qui ne réclamaient que du sang, mais il n’avait aucune autre solution. L’Autre avait raison : il ne pouvait changer qui il était. Très calme, il prononça ses derniers mots à l’encontre de son locataire.

« Thank you. »

=> …

[Bonsoir, mes Chères.

Je me suis permis de conclure en musique ce Scénario qui m’a offert une double rencontre inoubliable. J’espère que cela ne nous dérangera pas. Je vous invite, par là même, à (re)découvrir le morceau qui m’a énormément inspiré ces derniers jours (et qui m'a paru correspondre au contexte de la Rafle et, plus généralement, à celui d'Hegemony), et que vous pourrez trouver ICI.

Quoi qu’il en soit, je vous souhaite une excellente soirée et une très bonne lecture (bien que je me doute, en toute logique, que vous lisez ces quelques mots après avoir complété ladite lecture).

Je vous embrasse, très chères Amies, et vous dis à très bientôt, je l’espère. <3]

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